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🇸🇳🇨🇮🇨🇲Afrique francophone : les universités qui résistent au déficit d’investissement et redessinent la carte de l’excellence académique

Alors que les grands classements internationaux continuent de consacrer les universités américaines, britanniques ou asiatiques, un autre récit se construit en Afrique francophone. Celui d’établissements qui, malgré des financements limités, une massification des effectifs et des infrastructures souvent saturées, demeurent les principaux producteurs de connaissances scientifiques de leurs pays et les creusets de formation des élites politiques, économiques et administratives du continent.

Cette réalité met en lumière un paradoxe africain : des universités largement absentes des grands palmarès mondiaux, mais incontournables dans les stratégies nationales de développement.

Une compétition mondiale aux critères exigeants

Trois classements dominent aujourd’hui l’évaluation de l’enseignement supérieur mondial : Shanghai (ARWU), Times Higher Education (THE) et QS World University Rankings.

Leurs méthodologies privilégient notamment :

  • la qualité et le volume de la recherche scientifique ;
  • les publications dans les grandes revues internationales ;
  • le nombre de chercheurs hautement cités ;
  • l’internationalisation des campus ;
  • la réputation académique ;
  • l’employabilité des diplômés ;
  • les collaborations scientifiques internationales.

Dans cet environnement extrêmement compétitif, les universités d’Afrique subsaharienne francophone restent très peu représentées.

Le constat est particulièrement frappant :

  • aucune université francophone d’Afrique subsaharienne ne figure dans le Top 1000 du classement de Shanghai ;
  • l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) demeure la seule institution francophone subsaharienne présente dans le classement Times Higher Education ;
  • aucune université francophone ne figure dans le Top 1500 du classement QS 2027.

Cette faible visibilité internationale ne traduit pourtant pas une absence de production scientifique.

Un déficit structurel de financement

Comparées aux grandes universités sud-africaines, égyptiennes ou marocaines, les institutions francophones évoluent avec des budgets nettement plus modestes.

Les dépenses nationales consacrées à la recherche dépassent rarement 1 % du PIB, limitant :

  • le renouvellement des équipements scientifiques ;
  • le recrutement d’enseignants-chercheurs ;
  • le financement des laboratoires ;
  • les collaborations internationales.

À cette contrainte budgétaire s’ajoute une forte croissance démographique.

Dans plusieurs pays, les universités accueillent aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers d’étudiants, bien au-delà de leurs capacités initiales.

Le paradoxe francophone : beaucoup d’étudiants, peu de moyens, mais une recherche qui progresse

Malgré ces contraintes, plusieurs établissements continuent de produire des milliers d’articles scientifiques chaque année.

Les domaines les plus dynamiques restent :

  • médecine tropicale ;
  • santé publique ;
  • maladies infectieuses ;
  • agriculture ;
  • biodiversité ;
  • changement climatique ;
  • sciences forestières ;
  • sciences sociales ;
  • gouvernance.

Autant de disciplines directement liées aux priorités de développement africaines.

Les dix universités francophones les plus influentes en 2026

1. Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal)

Véritable locomotive académique de l’Afrique francophone, l’UCAD s’impose comme la référence régionale.

L’établissement revendique près de 1 700 chercheurs et plus de 24 000 publications scientifiques.

Son influence dépasse largement le Sénégal.

Elle a notamment formé plusieurs générations de hauts fonctionnaires, chercheurs, économistes ainsi que deux présidents de la République.

Sa présence dans le classement THE confirme sa reconnaissance internationale.

2. Université Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire)

L’ancienne Université de Cocody constitue aujourd’hui le premier centre ivoirien de recherche.

Ses travaux portent principalement sur :

  • la santé ;
  • la biodiversité ;
  • le climat ;
  • les ressources naturelles ;
  • l’agriculture.

Avec plus de 2 000 publications indexées et plus de 11 000 citations, elle s’impose parmi les universités les plus productives d’Afrique de l’Ouest.

3. Université de Yaoundé I (Cameroun)

Premier pôle scientifique camerounais, l’Université de Yaoundé I concentre l’essentiel de la recherche biomédicale du pays.

Elle affiche :

  • plus de 6 100 auteurs scientifiques ;
  • près de 7 840 publications ;
  • plus de 122 000 citations.

Ses laboratoires sont particulièrement reconnus dans les domaines des maladies infectieuses, de la santé publique, des sciences végétales et des sciences pharmaceutiques.

4. Université de Kinshasa (RDC)

Fondée en 1954, l’Université de Kinshasa demeure la principale institution scientifique de République démocratique du Congo.

Elle se distingue notamment par :

  • plus de 4 000 publications en biologie ;
  • près de 4 000 publications en médecine ;
  • plusieurs milliers d’articles en sciences humaines et sociales.

5. Université Joseph Ki-Zerbo (Burkina Faso)

Anciennement Université de Ouagadougou, elle demeure la première université du Burkina Faso.

Sa plateforme de recherche recense :

  • 1 053 enseignants-chercheurs ;
  • plus de 10 600 publications scientifiques.

6. Université d’Abomey-Calavi (Bénin)

L’établissement béninois s’est imposé comme un acteur majeur des sciences agricoles et environnementales.

Ses chercheurs totalisent :

  • plus de 5 400 publications ;
  • environ 1 300 chercheurs actifs.

7. Université de Lomé (Togo)

L’université togolaise continue sa progression grâce à une activité scientifique soutenue.

Elle comptabilise :

  • environ 1 500 publications ;
  • plus de 14 000 citations.

8. Université Gaston Berger (Sénégal)

Créée en 1990 à Saint-Louis, l’UGB est souvent citée comme l’une des universités africaines les plus innovantes sur le plan pédagogique.

Son modèle privilégie :

  • l’encadrement des étudiants ;
  • la professionnalisation ;
  • la recherche appliquée.

9. Université de Douala (Cameroun)

Deuxième université camerounaise du classement, elle développe une expertise reconnue dans les domaines :

  • du commerce ;
  • des sciences économiques ;
  • de l’ingénierie ;
  • des technologies.

Ses chercheurs totalisent entre 2 300 et 2 800 publications, pour plus de 24 000 citations.

10. Université Marien Ngouabi (Congo-Brazzaville)

Première université congolaise, elle s’illustre particulièrement dans :

  • la médecine ;
  • la démographie ;
  • les sciences sociales.

Elle compte près de 950 auteurs scientifiques, ayant produit plusieurs centaines d’articles largement cités.

Une influence qui dépasse les classements

L’absence de ces universités dans les grands palmarès internationaux ne doit pas masquer leur rôle stratégique.

Elles forment chaque année les futurs médecins, ingénieurs, magistrats, enseignants, économistes et responsables publics de leurs pays. Elles produisent également une recherche souvent directement connectée aux défis africains : santé, sécurité alimentaire, biodiversité, gouvernance ou encore adaptation au changement climatique.

Pour plusieurs experts de l’enseignement supérieur, le véritable enjeu réside désormais moins dans la multiplication des universités que dans leur montée en gamme : accroître les investissements publics, renforcer les partenariats internationaux, améliorer les infrastructures de recherche et retenir les talents scientifiques.

À défaut, le risque est de voir se creuser davantage l’écart avec les grandes institutions anglophones et asiatiques, alors même que l’Afrique francophone dispose d’un important vivier de chercheurs et d’une jeunesse dont la demande d’enseignement supérieur ne cesse de croître.

Le défi des prochaines années sera donc double : transformer la massification de l’enseignement supérieur en véritable levier d’excellence scientifique et permettre aux universités francophones de convertir leur influence régionale en reconnaissance internationale.

VICTOR ESSO TIKI 

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