GÉOPOLITIQUE INTERNATIONALE :GUERRES EN DIRECT D’UKRAINE…
…Et dégâts collatéraux en grand format et à large échelle dans le monde : pénuries, rationnements, inflation, pouvoir d’achat en chute libre, chaînes de production en rupture de matière première, spectre de la faim, perturbations sur les marchés de change, risque d’une crise économique, financière, monétaire mondiale… Le conflit russo-ukrainien : une guerre mondiale totale en sourdine ?
Le décryptage de Jean ATANGANA, Editorialiste.
Comme au cinéma, le monde regarde, en direct, la guerre en Ukraine. Et n’en rate aucun épisode. Grâce à l’omniprésence et à l’omnipotence des nouveaux médias et des médias classiques. Le monde est, plus que jamais, un village planétaire. Et déjà se ressentent aux quatre vents, coups de boutoir et contrecoups d’un retournement de conjoncture que personne n’avait vu venir. Au fil des jours, on réalise à quel point les nations du monde sont interdépendantes, au-delà des cloisons et croisades idéologiques affichés et des frontières géographiques établies.
Le Conseil de Cabinet tenu le dernier jeudi du mois (31 mars 2022), à l’Immeuble Etoile (Yaoundé-Cameroun), a permis de prendre les poids et mesure des réservoirs et greniers russe et ukrainien dans l’économie mondiale.
Parole au Ministre du Commerce (MINCOMMERCE), Luc Magloire MBARGA ATANGANA, si familier des milieux du commerce international : « La crise ukrainienne s’est traduite, entre autres, par une envolée des cours du gaz et du brent, le pétrole atteignant le pic de 128 dollars/le baril, le 07 mars 2022, synonyme d’aggravation des coûts de facteurs… La Russie et l’Ukraine totalisent à elles seules, un peu plus de 30 % du volume global des exportations mondiales de blé, céréale qui constitue l’aliment de base pour près de 35 % de la population mondiale ».
Et de poursuivre en ce qui concerne le Cameroun : « Les exportations en provenance de la Russie représentent environ 59 % des approvisionnements. Vas-y donc pour les pénuries ! Vas-y donc pour les prix ! Vas-y pour la spéculation ! ».
Un exemple : la tonne de blé coûtait 450 euros à la date du 07 mars 2022, contre 285 euros un an auparavant. Le 11 mars 2022, la FAO rendait publique, une note de conjoncture prévoyant de nouvelles flambées des prix des produits alimentaires de l’ordre de 8 à 20 %. A cause de la guerre en Ukraine.
Et de conclure, sans peur ni faiblesse : » Si ce n’est pas l’apocalypse, on n’en est pas bien loin… ».
Apocalypse now !
En direct d’Ukraine et de la Russie semble se reproduire, sur le grand écran, le film américain, réalisé par Francis Ford Coppola, sorti en 1979. Dans une adaptation de la nouvelle « Au cœur des ténèbres » de Joseph Conrad, parue en 1899. Si lointain est le film, si proche est la réalité qui rattrape la ribambelle de sanctions économiques, financières, culturelles, sportives… prises, à la ritournelle, contre la Russie par l’Occident. Feignant d’oublier l’extrême dépendance des pays de l’Union Européenne (UE) aux hydrocarbures russes : 48,4 % du gaz et 25,4 % du pétrole importés dans l’UE proviennent de la Fédération de Russie qui impose à ses clients de régler, désormais, leurs factures en rouble (et non plus en dollars US ou en euros). Réponse du berger à la bergère, la Russie riposte ainsi aux mesures financières prises à son encontre comme l’exclusion du service international SWIFT, acronyme de Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication ; SWIFT signifiant en anglais « prompt », « rapide ».
Plus encore : le 7 mars 2022, l’Union Européenne et les États-Unis ont interdit à la Russie d’utiliser ses réserves (l’équivalent de 600 milliards de dollars) pour racheter du rouble et faire remonter son cours. Les marchés de change sont entrés en ébullition. Les marchés boursiers aussi. La finance internationale est sous le coup du frisson. Moins visibles que la guerre à la roquette, qui détruit à perte de vue, ces autres guerres souterraines dites guerres économiques s’avèrent tout aussi dévastatrices et ruineuses.
Rendue à son 40ème jour, ce 04/04/2022, l’opération militaire spéciale selon la terminologie russe, ou l’invasion ukrainienne selon le code linguistique occidental, ou la guerre russo-ukrainienne selon l’acceptation générale, eût pu connaître une bonne trêve. A défaut de s’arrêter. En respect pour le nombre de 40 qui est une symbolique spécifiquement biblique. Surtout après la consécration de l’Ukraine au Cœur Immaculé de Marie, le 25 mars 2022, par le Pape François. 40 qui tire son origine du livre de l’Exode représente, en effet, les 40 ans du peuple hébreu dans le désert, les 40 jours du carême…
Il n’en est rien hélas ! L’offensive aérienne, maritime et terrestre déclenchée par la Russie sur l’ensemble du territoire ukrainien, le 24 février 2022, restera dans l’histoire, selon les spécialistes, comme un événement sans précédent en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les stratèges russes auraient bien voulu que ce fût une guerre-éclair. Tel n’a pas été le cas. Avec une durée de 38 minutes, la guerre anglo-zanzibarite qui opposa le Royaume-Uni à Zanzibar, le 27 août 1896, détient et garde jalousement le record de la guerre la plus courte de l’histoire. Et celle qui opposa, du 30 mars 1651 au 17 avril 1986, les Provinces-Unies (devenues les Pays-Bas) et les Sorlingues (situées au sud-ouest de la Cornouailles), conserve aussi son record de « guerre la plus longue de l’histoire ». Elle est censée avoir duré, en raison de l’absence d’un traité de paix, 335 ans sans qu’un seul coup de feu ne fût tiré. Paradoxalement, l’une des plus longues guerres du monde est aussi l’une des moins meurtrières ! Le conflit ouvert en Europe de l’Est ne sera ni l’une ni l’autre. Redoutables sont alors les guerres qui s’enlisent, et incommensurables, les victimes collatérales qu’elles occasionnent. Parfois à des milliers de kilomètres du théâtre des opérations.


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