🇨🇲Cameroun : à Douala, la fiscalité de 2027 se dessine au contact des entreprises
Loi de finances 2027 — Le Directeur général des Impôts Roger Athanase Meyong Abath a choisi Douala pour prendre le pouls du secteur privé. En trois étapes — services du gouverneur, GECAM et CCIMA — l’administration fiscale a engagé une consultation destinée à faire remonter les préoccupations des entreprises avant l’élaboration du prochain budget de l’État. Une méthode qui traduit une évolution du rapport entre le fisc et les contribuables : de la contrainte vers davantage de dialogue, sans renoncer à l’objectif de mobilisation des recettes.
Dans la capitale économique du Cameroun, la préparation de la Loi de finances 2027 a pris, ce mardi, une tonalité résolument entrepreneuriale.
Plutôt que de laisser les arbitrages fiscaux se construire uniquement dans les bureaux de l’administration, la Direction générale des Impôts (DGI) est venue écouter ceux qui auront à supporter, appliquer et financer une partie substantielle des mesures du prochain exercice budgétaire : les entreprises.
Cette démarche s’inscrit dans les consultations engagées par l’administration fiscale auprès du secteur privé en prélude à la préparation de la Loi de finances 2027. La Chambre de Commerce, d’Industrie, des Mines et de l’Artisanat du Cameroun (CCIMA) avait d’ailleurs officiellement annoncé cette concertation pour le 25 août à Douala.

À la manœuvre, Roger Athanase Meyong Abath, Directeur général des Impôts depuis mars 2023. La DGI rappelle elle-même que son mandat s’inscrit dans une logique de modernisation de l’administration fiscale et d’amélioration de ses performances.
Mais derrière le vocabulaire administratif de la « concertation », l’enjeu est considérable : comment augmenter les recettes fiscales nécessaires au financement de l’État sans alourdir davantage le coût de l’activité économique ?
Trois étapes, un même message : écouter avant de taxer
La journée doualaise du Directeur général des Impôts s’est articulée autour de trois principaux rendez-vous.
Premier arrêt : les services du gouverneur de la région du Littoral. Une séquence consacrée aux échanges avec l’autorité administrative, qui a permis de replacer la question fiscale dans son environnement territorial et économique.
Deuxième étape : le Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM).
Dans les locaux de l’organisation patronale, le dialogue s’est déroulé avec les représentants des entreprises autour des préoccupations qui conditionnent leur compétitivité : pression fiscale, prévisibilité des règles, coût de conformité et environnement général des affaires.
Le président du GECAM, Célestin Tawamba, s’est dit satisfait de la qualité des échanges au terme des travaux. Il a appelé l’administration fiscale à poursuivre dans cette dynamique et surtout à prendre en compte les propositions formulées par les entreprises.
Le message est significatif. Le patronat ne demande pas une fiscalité sans recettes. Il réclame davantage de visibilité et une fiscalité compatible avec l’investissement.
Le GECAM a régulièrement placé la fiscalité parmi les contraintes pesant sur les entreprises camerounaises, aux côtés notamment des infrastructures, du transport et de l’approvisionnement énergétique.

À la CCIMA, le chiffre qui résume l’évolution du dialogue
La troisième étape, à la Chambre de Commerce, d’Industrie, des Mines et de l’Artisanat du Cameroun, aura constitué le temps fort de cette tournée.
Dans la salle de conférences de la CCIMA, à Bonanjo, le Directeur général des Impôts a rencontré un secteur privé représenté par l’institution consulaire, dont la vocation est précisément de faire le lien entre les pouvoirs publics et les milieux d’affaires.
Son président, Christophe Eken, s’est félicité de la qualité des relations entretenues entre la CCIMA et la Direction générale des Impôts.
Un chiffre donne la mesure du travail déjà engagé : sur une cinquantaine de propositions formulées lors de précédentes consultations, une vingtaine auraient été retenues.
Pour cette nouvelle séquence préparatoire à la Loi de finances 2027, la Chambre consulaire a remis sur la table 24 nouvelles propositions.
L’une des principales revendications porte sur la numérisation complète des activités et services fiscaux.
Cette demande dépasse la simple question technologique. Pour les entreprises, la digitalisation est devenue un instrument de réduction des coûts administratifs, de traçabilité des opérations et de sécurisation des relations avec le fisc.
Elle pourrait également contribuer à réduire les délais, limiter les interactions physiques et améliorer la prévisibilité des procédures.
La DGI a déjà engagé cette transformation. Son portail propose notamment des services de télédéclaration, la déclaration en ligne de la DSF, l’e-billing, ainsi que différents services numériques destinés aux contribuables.
Le pari de Meyong Abath : changer la relation fiscale
Pour Roger Athanase Meyong Abath, cette démarche ne constitue pas une simple tournée institutionnelle.
Depuis son arrivée à la tête de la DGI en 2023, l’objectif affiché est d’améliorer le climat des affaires et de contribuer à l’émergence d’entreprises nationales plus solides.
La consultation des opérateurs économiques s’inscrit ainsi, selon le Directeur général, dans une approche participative et pragmatique de l’administration fiscale.
Le changement de méthode est important.
Dans une économie où la mobilisation des recettes intérieures demeure essentielle au financement des infrastructures, des services publics et des investissements de l’État, l’administration fiscale doit simultanément augmenter l’efficacité du recouvrement et préserver la capacité des entreprises à investir.
C’est là tout le paradoxe de la Loi de finances 2027.
Plus de recettes, mais pas nécessairement plus de pression fiscale.
L’enjeu est plutôt d’élargir l’assiette, réduire les déperditions, améliorer la conformité et faire entrer davantage d’activités dans le secteur formel, tout en évitant que le système fiscal ne pénalise les entreprises déjà conformes.
Pour les entreprises, la prévisibilité devient une question financière
Pour un directeur financier, une nouvelle taxe n’est pas seulement une ligne supplémentaire dans un compte de résultat.
C’est une variable qui peut modifier un investissement, un prix de vente, une décision d’embauche ou encore la rentabilité d’une implantation industrielle.
C’est pourquoi la demande de dialogue formulée par le secteur privé revêt une dimension financière.
Les entreprises veulent pouvoir anticiper.
Elles veulent connaître suffisamment tôt les règles qui détermineront leurs charges en 2027. Elles veulent également réduire les coûts liés aux procédures, aux contrôles et aux obligations déclaratives.
À cet égard, la concertation de Douala pourrait devenir un élément important de la construction du prochain cadre fiscal camerounais.
La difficile équation du budget 2027
Le gouvernement devra toutefois arbitrer entre plusieurs impératifs.
Le premier est celui de la mobilisation des recettes intérieures. La DGI constitue l’un des principaux bras financiers de l’État et intervient dans la conception de l’assiette fiscale, la gestion des contribuables, le contrôle et le recouvrement.
Le deuxième est celui du financement de la croissance.
Une fiscalité trop lourde ou trop complexe peut réduire les marges, décourager l’investissement et encourager l’informalité.
Le troisième est celui de la compétitivité des entreprises camerounaises face à leurs concurrentes régionales.
C’est ici que les 24 propositions de la CCIMA et les recommandations du GECAM prennent toute leur importance.
Elles offrent à l’administration fiscale une lecture « terrain » de l’impact potentiel des futures mesures.

Douala, laboratoire de la fiscalité camerounaise ?
Le choix de Douala n’est pas anodin.
Capitale économique, principal centre commercial et industriel du pays, la ville concentre une part considérable des entreprises formelles et des flux économiques.
La consulter revient donc à interroger une grande partie du tissu productif camerounais.
Mais le véritable test commencera après les consultations.
Les opérateurs économiques attendent désormais de voir combien de leurs propositions franchiront le cap de l’arbitrage gouvernemental et se retrouveront dans le projet de Loi de finances 2027.
La question sera moins de savoir si l’administration a écouté que de mesurer ce qu’elle aura retenu.
C’est précisément là que se jouera la crédibilité de cette nouvelle méthode.
Car pour les entreprises camerounaises, le dialogue fiscal n’a de valeur que s’il produit des règles plus simples, plus prévisibles et plus compatibles avec l’investissement.
À Douala, Roger Athanase Meyong Abath a donc engagé bien plus qu’une consultation technique.
Il a ouvert un test grandeur nature de la nouvelle relation que l’administration fiscale entend construire avec le secteur privé.
Pour la Loi de finances 2027, le véritable enjeu sera désormais de transformer les propositions recueillies dans les salles de réunion en mesures concrètes dans le budget de l’État.
VICTOR ESSO TIKI


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