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🇨🇩🇨🇫🇧🇮🇦🇴🇨🇲🇨🇫🇨🇬🇹🇩Bassin du Congo : la COMIFAC veut transformer la gouvernance forestière en levier de croissance durable

À Douala, les pays d’Afrique centrale ont réunis leurs experts pour mieux protéger leur patrimoine forestier, renforcer la transparence dans la gestion des ressources naturelles et accroître la contribution des forêts aux économies nationales.

Le bassin du Congo se trouve une nouvelle fois au cœur d’un débat stratégique qui dépasse largement la seule question environnementale. Pendant deux jours, L’hôtel Akwa Palace à Douala, accueille la Commission des Forêts d’Afrique centrale (COMIFAC), et des partenaires, avec l’appui de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), une trentaine d’experts à l’occasion participent à la 13e réunion du Groupe de Travail sur la Gouvernance Forestière (GTGF).

L’enjeu est considérable : comment préserver les forêts d’Afrique centrale tout en faisant de leurs ressources un moteur plus efficace de développement économique et social ?

La question est devenue centrale pour les gouvernements de la sous-région. Forêts, faune, ressources halieutiques, bois, produits forestiers non ligneux et services écosystémiques constituent un capital naturel majeur. Mais leur contribution aux économies nationales reste confrontée à des défis de gouvernance, de transformation industrielle, de certification, de financement et de partage des bénéfices avec les populations locales.

De la conservation à la création de valeur

La réunion de Douala intervient dans un contexte où les politiques forestières africaines sont de plus en plus soumises à une double exigence : protéger les écosystèmes et accroître leur valeur économique sans compromettre leur renouvellement.

Pour la COMIFAC, il ne s’agit donc plus uniquement de lutter contre la déforestation ou l’exploitation illégale. L’objectif est également de construire des chaînes de valeur capables de générer davantage de revenus, d’emplois et d’investissements à partir d’une gestion durable des ressources.

Cette approche suppose notamment de renforcer la gouvernance publique, d’améliorer la traçabilité du bois et des produits forestiers, de développer la certification, de soutenir les communautés dépendantes des forêts et d’encourager une transformation industrielle plus importante des ressources sur le continent.

La Stratégie d’industrialisation durable de la filière bois dans le bassin du Congo, mise en œuvre par la CEMAC en collaboration avec la COMIFAC, s’inscrit précisément dans cette logique : passer progressivement d’un modèle fondé sur l’extraction et l’exportation de matières premières à une économie forestière davantage créatrice de valeur ajoutée.

Le rendez-vous de New York au centre des discussions

Les travaux de Douala accorderont une place importante aux conclusions de la 21e session du Forum des Nations unies sur les Forêts (FNUF), organisée du 11 au 15 mai 2026 à New York.

Les pays membres de la COMIFAC chercheront à déterminer les implications des décisions internationales pour leurs politiques nationales et sous-régionales.

Quatre grandes questions seront notamment examinées : les Objectifs forestiers mondiaux, la coopération internationale, la mise en œuvre du Plan stratégique des Nations unies sur les forêts 2017-2030 et la pérennisation des acquis.

Pour l’Afrique centrale, l’enjeu est aussi diplomatique et financier. Les pays du bassin du Congo doivent défendre leurs intérêts dans un système international où la conservation des forêts est de plus en plus associée aux mécanismes de financement climatique, à la biodiversité, au carbone et aux investissements verts.

La capacité de la sous-région à démontrer la qualité de sa gouvernance pourrait ainsi devenir un facteur déterminant pour attirer davantage de financements internationaux.

Six initiatives pour changer l’échelle

La rencontre de Douala permettra également de faire le point sur six initiatives majeures auxquelles la COMIFAC est associée.

Le premier chantier concerne le projet TCP/SFC/4001, mis en œuvre par la FAO sous la supervision de la COMIFAC, consacré à l’amélioration de la gouvernance des ressources naturelles au Cameroun, en République démocratique du Congo et au Gabon.

L’objectif est d’assurer une contribution durable des ressources forestières, fauniques et halieutiques aux économies nationales.

Autre dossier stratégique : la feuille de route de la Cible 2 du Cadre mondial de la biodiversité Kunming-Montréal, qui vise notamment à accélérer la restauration de 30 % des écosystèmes dégradés d’ici 2030.

À cela s’ajoute le Programme de Promotion de l’Exploitation Certifiée des Forêts (PPECF), financé par la KfW. Sa vocation est d’accroître les superficies forestières certifiées et de renforcer la certification de la légalité des entreprises forestières.

Le Programme d’Économies forestières durables du Bassin du Congo, soutenu par la Banque mondiale, constitue également un instrument économique majeur. Sa première phase vise notamment l’amélioration de la gestion forestière, le renforcement des chaînes de valeur et la création d’emplois au Cameroun, en République centrafricaine et en République du Congo.

Le programme d’impact intégré sur les paysages durables du bassin du Congo, financé par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM-7) et exécuté avec l’appui du PNUE, mise quant à lui sur une approche territoriale associant gouvernance locale, communautés, populations dépendantes des forêts et secteur privé.

Le défi du financement

Derrière ces programmes se trouve une question fondamentale : qui financera durablement la conservation et la gestion des forêts du bassin du Congo ?

Les gouvernements d’Afrique centrale disposent de ressources budgétaires limitées face à l’ampleur des besoins. Dans le même temps, la pression internationale pour préserver les grands massifs forestiers augmente.

La mobilisation des financements extérieurs apparaît donc incontournable, mais elle suppose une gouvernance capable de rassurer les bailleurs, les investisseurs et les partenaires techniques.

C’est l’un des enjeux du futur projet sous-régional que la COMIFAC souhaite commencer à structurer à Douala.

Les participants devront identifier les grandes lignes de ce projet, notamment ses composantes nationales, ses priorités et les possibilités de mobilisation de ressources.

Le capital naturel entre dans les politiques publiques

Les travaux du GTGF devraient également permettre de capitaliser sur plusieurs réalisations déjà enregistrées.

Parmi celles-ci figurent les progrès dans la restauration des forêts et des paysages, une étude sur les plantations de palmier à huile et leurs conséquences sur la perte d’habitats forestiers et des grands singes, ainsi que le développement d’une approche méthodologique intégrant le changement climatique et la comptabilité du capital naturel dans la planification des paysages et l’utilisation des terres.

Cette dernière dimension pourrait s’avérer particulièrement stratégique.

Pendant longtemps, la valeur d’une forêt a principalement été mesurée à travers le bois commercialisable. Or, le capital forestier produit également des services économiques difficiles à comptabiliser : stockage du carbone, régulation hydrologique, protection des sols, biodiversité, ressources alimentaires, produits médicinaux et activités touristiques.

L’intégration de ces éléments dans les politiques économiques pourrait modifier la manière dont les États évaluent leurs actifs naturels et arbitrent entre exploitation, conservation et développement.

Certification, transparence et communautés locales

La certification forestière constitue un autre levier identifié par la COMIFAC.

Dans un marché mondial où les consommateurs et les régulateurs exigent davantage de traçabilité, la certification peut permettre aux entreprises forestières du bassin du Congo de mieux accéder à certains marchés tout en améliorant les standards environnementaux et sociaux de l’exploitation.

Mais la gouvernance forestière ne pourra pas être durable sans une implication plus forte des populations locales et des communautés dépendantes des ressources naturelles.

La question du partage des bénéfices, de la participation aux décisions et de la reconnaissance des droits et usages locaux devrait donc rester au cœur des politiques forestières.

Vers une nouvelle feuille de route régionale

La 13e réunion du GTGF doit finalement déboucher sur une nouvelle feuille de route pour la période 2026-2027.

Après la réunion de janvier 2024, les membres du groupe de travail doivent désormais mesurer les progrès accomplis, identifier les blocages persistants et intégrer les nouveaux enjeux apparus sur la scène internationale.

La rencontre réuni les directeurs en charge des forêts des pays membres de la COMIFAC, les points focaux du FNUF, ainsi que des représentants de la CEMAC, de la FAO, du PNUE, de la Banque mondiale, de la KfW, de la GIZ, du WWF, du CIFOR, de l’UICN, de TRAFFIC et de la société civile.

Cette diversité d’acteurs traduit une réalité nouvelle : la gouvernance forestière n’est plus une affaire exclusivement administrative. Elle se situe désormais au croisement de la politique économique, de la finance climatique, du commerce international, de la biodiversité, de l’emploi et de la sécurité alimentaire.

Le bassin du Congo face à un choix stratégique

Le véritable enjeu de la réunion de Douala sera donc de savoir comment transformer les nombreuses initiatives existantes en résultats mesurables sur le terrain.

L’Afrique centrale possède l’un des plus importants patrimoines forestiers tropicaux de la planète. Mais ce patrimoine ne constituera un véritable avantage économique que si les États parviennent à mieux le protéger, à mieux le valoriser et surtout à conserver sa capacité de renouvellement.

La COMIFAC entend ainsi placer la gouvernance au centre de cette équation.

Préserver les forêts du bassin du Congo ne signifie plus seulement empêcher leur disparition. Il s’agit désormais de construire autour d’elles une économie durable, transparente et inclusive, capable de financer leur conservation tout en améliorant les revenus et les perspectives des populations qui en dépendent.

À Douala, le message est donc économique autant qu’écologique : la forêt n’est pas seulement un patrimoine à protéger ; elle est un capital naturel dont la mauvaise gouvernance peut coûter cher aux économies d’Afrique centrale, et dont la gestion durable pourrait au contraire devenir l’un de leurs principaux atouts de long terme.

VICTOR ESSO TIKI 

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