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🇨🇲Cameroun-Le coût des transferts : un avantage compétitif pour le pays

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L’une des particularités du marché camerounais réside dans le niveau relativement contenu des frais d’envoi.

Pour un transfert de 200 dollars, le coût moyen relevé pour le Cameroun était de 3,1 % en 2025, contre une moyenne africaine de 7,2 %, selon les données reprises du rapport du FIDA. Le coût camerounais aurait ainsi diminué de 2,3 points sur la période étudiée.

 

Cette évolution est importante : lorsqu’une famille reçoit 200 dollars, chaque point de pourcentage économisé représente directement davantage de ressources disponibles pour la consommation, l’éducation, les soins ou l’épargne.

Mais le continent demeure confronté à un problème structurel. Le FIDA estime que l’Afrique reste la région la plus chère du monde pour envoyer des remises, malgré une baisse des coûts au cours de la dernière décennie. La digitalisation est devenue l’un des principaux leviers de réduction des frais. 

Mobile money : le nouveau corridor financier

La transformation du marché camerounais passe également par la montée en puissance des canaux numériques.

Le FIDA indique que plus de la moitié des transferts commencent désormais par un canal numérique, même si seulement 35 % des services mesurés en 2025 étaient entièrement numériques, de l’expéditeur au bénéficiaire. 

Au Cameroun, cette mutation s’inscrit dans l’expansion spectaculaire du mobile money. Selon les données de la BEAC rapportées par EcoMatin, les services de mobile money ont représenté 2,7 milliards de transactions pour 26 773 milliards de FCFA en 2024. L’ouverture progressive des dispositifs permettant aux établissements de paiement de recevoir des fonds depuis l’étranger a également élargi les possibilités de réception des remises. 

Le transfert d’argent n’est donc plus seulement une opération entre une agence située en Europe et un bénéficiaire au Cameroun. Il devient progressivement un service financier intégré, combinant téléphone mobile, portefeuille électronique, établissements de paiement et réseaux internationaux.

Le Cameroun dans le classement africain

Avec 690 millions de dollars en 2025, le Cameroun se situe au 19e rang africain dans le classement continental publié à partir des données du FIDA.

Rang Afrique Pays Transferts reçus en 2025
1 Égypte 41,51 Md $
2 Nigeria 22,78 Md $
3 Maroc 13,65 Md $
4 Éthiopie 7,13 Md $
5 Kenya 5,00 Md $
6 Zimbabwe 3,51 Md $
7 RDC 3,31 Md $
8 Sénégal 3,26 Md $
9 Tunisie 3,25 Md $
10 Ghana 2,42 Md $
11 Algérie 1,79 Md $
12 Côte d’Ivoire 1,77 Md $
13 Ouganda 1,42 Md $
14 Soudan du Sud 1,17 Md $
15 Tanzanie 1,12 Md $
16 Mali 1,06 Md $
17 Liberia 1,01 Md $
18 Afrique du Sud 1,00 Md $
19 Cameroun 690 M $
20 Niger 650 M $

Classement selon les montants de transferts indiqués pour 2025 dans les données reprises du rapport IFAD.

Une position à relativiser

Le rang continental ne doit toutefois pas être confondu avec le poids des transferts dans l’économie nationale.

Les montants absolus placent naturellement les grands pays disposant d’importantes populations migrantes en tête. En revanche, rapportés au PIB, les transferts peuvent représenter une part beaucoup plus importante dans de petites économies.

À titre de comparaison, les données disponibles pour 2024 plaçaient les transferts reçus par le Cameroun autour de 1,3 % du PIB, ce qui montre que le pays reste relativement moins dépendant de ces flux que plusieurs économies africaines. 

L’Afrique centrale, un marché encore sous-exploité

La dynamique camerounaise s’inscrit dans une accélération plus large en Afrique centrale. Selon les données reprises du FIDA, les transferts vers la sous-région sont passés d’environ 900 millions de dollars en 2016 à 4,1 milliards en 2025, soit une progression de l’ordre de 368 %. 

Mais l’Afrique centrale reste loin derrière l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest. En 2025, l’Afrique du Nord a capté environ 60,2 milliards de dollars, contre 36,1 milliards pour l’Afrique de l’Ouest, 22 milliards pour l’Afrique de l’Est et 4,1 milliards pour l’Afrique centrale.

Cette géographie reflète notamment la taille des diasporas, l’ancienneté des corridors migratoires et l’intensité des relations économiques avec les pays d’accueil.

Un enjeu social autant que financier

Derrière les milliards de dollars se trouvent des millions de décisions individuelles : une mensualité scolaire payée depuis Paris, Bruxelles ou Montréal ; des médicaments achetés à Douala ; une maison construite à Bafoussam ; une exploitation agricole financée dans l’Ouest ou le Nord-Ouest ; un commerce familial maintenu à flot grâce à un transfert venu de l’étranger.

Le véritable enjeu pour le Cameroun n’est donc plus uniquement de recevoir davantage de transferts, mais de créer les conditions permettant à une partie croissante de ces flux de passer de la consommation immédiate à l’épargne, l’assurance, l’investissement productif et le financement des petites entreprises.

Le FIDA insiste précisément sur cette transition : les transferts peuvent renforcer la résilience des ménages et contribuer au développement rural, mais ils ne sauraient se substituer à l’investissement public, à la protection sociale ou au financement du développement. 

Une « économie de la diaspora » en construction

Avec près de 395 milliards de FCFA injectés dans l’économie camerounaise en une seule année, la diaspora apparaît ainsi comme un acteur financier dont l’importance dépasse progressivement la seule solidarité familiale.

Le défi de la prochaine décennie sera de transformer cette puissance financière dispersée en capital économique mieux structuré : réduire encore les coûts de transfert, renforcer l’interopérabilité des paiements, sécuriser les corridors numériques, développer les produits d’épargne destinés aux migrants et faciliter l’investissement productif des bénéficiaires.

En clair, les Camerounais de l’étranger ne constituent plus seulement une source de devises pour leurs familles : ils représentent un vaste réseau financier transnational dont le potentiel économique reste largement à structurer.

VICTOR ESSO TIKI 

 

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