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🇨🇲🇹🇩🇬🇦🇨🇫🇬🇶🇨🇬Afrique centrale : la bataille silencieuse des données d’état civil s’ouvre à Yaoundé

Yaoundé. Derrière les murs feutrés de l’Hôtel CH Concord, un chantier stratégique pour l’avenir économique et institutionnel de l’Afrique centrale vient de s’ouvrir. Du 20 au 22 avril 2026, la Commission de la CEMAC y réunit une quarantaine d’experts pour valider un guide régional destiné à transformer en profondeur les systèmes d’enregistrement des faits d’état civil et des statistiques (ESEC).

Une réforme technique… aux implications économiques majeures

À première vue, le sujet semble administratif. Il est en réalité hautement stratégique. Dans une sous-région où moins d’un décès sur dix est enregistré et où les événements vitaux hors naissances restent captés à des niveaux inférieurs à 5 %, selon la Banque mondiale, l’absence de données fiables constitue un frein structurel au développement.

Sans statistiques démographiques robustes, impossible d’optimiser les politiques publiques, de calibrer les investissements sociaux ou encore de piloter efficacement les systèmes de santé. Ce déficit informationnel pèse directement sur la productivité, la planification budgétaire et, in fine, la croissance.

C’est dans ce contexte que le projet HISWACA, porté par la CEMAC avec l’appui technique du UNFPA, s’impose comme un levier de transformation. Objectif : standardiser, digitaliser et harmoniser la production des données d’état civil à l’échelle régionale.

Vers une “infrastructure invisible” de l’économie régionale

L’ambition de cet atelier dépasse la simple validation d’un document technique. Il s’agit de poser les fondations d’une véritable “infrastructure de données” au service de l’intégration régionale.

Le futur guide pratique vise à couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur : de la déclaration des événements (naissance, décès, mariage, divorce) jusqu’à leur exploitation statistique. Une approche intégrée alignée sur les standards internationaux, notamment ceux des Nations unies et du programme APAI-CRVS.

« La validation de ce guide marque une étape décisive dans la construction de systèmes d’état civil fiables, harmonisés et inclusifs », souligne Le Professeur Nicolas Beyeme Nguema Commissaire aux politiques économiques et financieres de la CEMAC.

Au-delà de la technique, l’enjeu est politique : garantir à chaque citoyen une identité juridique reconnue. Une condition essentielle pour accéder aux services publics, au système financier ou encore à la protection sociale.

Une mobilisation régionale et internationale

L’atelier de Yaoundé illustre une convergence rare entre institutions régionales et partenaires internationaux. Autour de la table : experts des Instituts nationaux de statistique des six pays de la CEMAC, responsables des ministères de l’Intérieur et de la Santé, mais aussi des institutions comme AFRISTAT, la Banque africaine de développement ou encore l’Organisation mondiale de la santé.

Cette mobilisation traduit une prise de conscience : les données d’état civil ne sont plus un sujet périphérique, mais un pilier de la gouvernance économique moderne.

Digitalisation et souveraineté statistique

Au cœur des discussions, la question de la digitalisation occupe une place centrale. La modernisation des systèmes ESEC apparaît comme un levier clé pour améliorer la couverture des enregistrements et réduire les délais de production des statistiques.

Pour les États, l’enjeu est également celui de la souveraineté statistique. Disposer de données fiables et comparables permet non seulement d’améliorer la prise de décision, mais aussi de renforcer leur crédibilité vis-à-vis des investisseurs et des partenaires internationaux.

Une feuille de route attendue

À l’issue des travaux, plusieurs résultats structurants sont attendus : validation du guide comme norme régionale, adoption formelle par les États membres et élaboration d’une feuille de route pour son déploiement.

« Investir dans l’état civil, c’est investir dans la visibilité des populations et dans l’efficacité des politiques publiques », résume un expert présent.

Dans une Afrique centrale en quête de transformation économique, cet atelier pourrait bien marquer un tournant discret mais décisif. Car derrière les registres d’état civil se joue, en réalité, la capacité des États à voir, comprendre et gouverner leurs populations. Une condition sine qua non pour bâtir une croissance inclusive et durable.

VICTOR ESSO TIKI 

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