🎶🎼🎤Edito:La Musique Africaine en panne d’inspiration et de creativite?
LES CHIFFRES…ET APRES ?
Combien pèse le génie aujourd’hui ?
Quelle est la réelle taille du talent de nos jours ?
Bon… Permettez-moi de confesser : je suis d’une génération un peu vieillotte, ringarde sur les bords, à qui l’on a fait croire que l’épaisseur de certaines choses ne s’exprime pas en chiffres. On nous a dit que la vie n’a pas de prix. Que le talent n’est pas quantifiable. Que les valeurs intrinsèques sont éternelles. Et, avec la religieuse docilité d’enfants sans IA, nous avons bu les inepties de nos parents semi-lettrés.
Il y a quelques jours, j’ai eu la claque de ma vieillesse en écoutant mes fils deviser du talent des artistes de leur génération. J’étais face à une nouvelle grammaire du génie, saturée de chiffres :
– «W» a 4 millions de followers sur Tik Tok et Insta ;
– «X» a fait “Sold out” au Zenith de Paris ;
– Le clip de «Y» a fait 7 millions de vues en 10 minutes sur YouTube ;
– «Z» a une fortune estimée à 400 millions de dollars.
L’argumentaire de mes fils n’accordait pas la primauté à l’empreinte créative de l’artiste. Il avait peu d’égard pour la singularité de la technique de chant, de jeu ou de danse. Peu lui importait le degré de maitrise technique ou l’effort d’innovation de l’artiste. Et secondaires à ses yeux, étaient la qualité de l’écriture et le positionnement esthétique des œuvres. De quoi usaient mes fils pour caractériser le talent ? Des chiffres de popularité et de diffusion. Comme si, d’une génération à l’autre, le génie s’était subitement figé dans la comptabilité. Là, commence le mensonge…
Car que mesurent les algorithmes de Facebook, Tik Tok, YouTube ou Instagram ? La viralité. Plus proche de la résonance que de la qualité. La viralité consacre la tendance du moment : le beat qui détonne, le style qui «tue», l’esthétique qui accroche dans un temps donné ou un contexte émotionnel précis. Mes fils ont raison quand ils parlent de «son de l’heure» ou de «buzz». Et le «son de l’heure», le buzz, la popularité, la viralité…Oui, ça peut remplir des stades sans induire nécessairement la qualité. L’industrie contemporaine du divertissement raffole des étoiles (en anglais : star…tiens !) et des météorites qui traversent bruyamment le ciel puis…plus rien. Si Internet existait dans la Rome de Ponce Pilate, nul doute que Judas serait «le gars de l’heure», un formidable buzz….
Talent et Génie, eux, ne recherchent pas l’attention immédiate. Ils visent la durée, l’immortalité et se préoccupent d’un impact qui surplombe la comptabilité algorithmique de YouTube, Spotify ou Deezer. Le talent peut être populaire, mais la popularité n’est pas son mètre-étalon. La viralité n’est pas sa finalité. Le talent d’un artiste se mesure à ce qu’il fait resonner AU-DELA du moment, à la façon dont son aptitude traverse les âges, lieux et contextes sans flétrir. N’en déplaise à mes fils : Boomplay n’est pas une balance artistique. Seulement, un diffuseur. Un chanteur peut être un génie avec 5000 followers ou n’être qu’un produit commercial avec 500 millions de vues.
Le plus dur n’est pas uniquement de voir le génie réduit à une certaine comptabilité : vues, followers, fortune, audience des spectacles…. Le plus triste est aussi d’entendre attribuer à un individu le mérite d’une équipe. Sans honte, ni retenue. Quand un clip atteint 20 millions de vues, on crie au génie absolu du chanteur, sans reconnaissance pour la créativité du réalisateur, l’inventivité du chorégraphe ou la vista de l’étalonneur. Un spectacle «Sold Out» ? Toute la gloire est accrochée à la tête d’affiche et personne n’interroge l’intelligence mercatique du promoteur, voire l’efficacité de l’équipe de communication. Les milliards de vue d’une chanson sur YouTube sont frénétiquement brandis comme preuves d’un talent divin de son interprète, loin de toute analyse sur les ressorts de la popularité construite. C’est Grand Barack se moque de Jean Dikoto Mandengue…
Heureusement, l’Histoire est plus forte que la viralité. La prochaine fois que quelqu’un vous dira que le génie se mesure au nombre de followers, dites-lui que :
– les humoristes camerounais accumulent les vues pour leurs prestations au «Parlement du Rire» d’Abidjan, mais c’est Jean Miché Kankan que la Cote d’Ivoire vénère.
– Nyangono du Sud a des milliers de vues, mais c’est Messi Martin qui a révolutionné le Bikutsi avec son jeu de guitare-balafon.
– Franko a fait le tour des radios FM françaises mais c’est Manu Dibango que la France a fait «Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres».
Ces exemples ne visent pas à établir des hiérarchies entre artistes, styles et générations différentes. Ils servent à rappeler une vérité essentielle : En matière d’Art, il y a une vie après les vues.
Pour ceux qui veulent vivre….
Heyndriks Bile


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