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🇨🇲Cameroun : la SCAAP place le droit d’auteur au cœur de la stratégie de l’économie culturelle

Alors que les industries culturelles africaines cherchent à transformer leur potentiel créatif en véritable levier de croissance, la Société Civile des Arts Audiovisuels et Photographiques (SCAAP) a réuni, ce 29 juillet à l’hôtel La Falaise de Bonanjo, à Douala, juristes, universitaires, responsables publics, créateurs et professionnels des médias autour d’un séminaire consacré à la répression de la contrefaçon et de la piraterie des œuvres, programmes et contenus protégés par le droit d’auteur et les droits voisins.

Dans un contexte où la diffusion numérique a considérablement accru les risques de piratage, l’initiative dépasse le simple cadre juridique. Elle traduit une volonté de replacer la propriété intellectuelle au centre de l’économie culturelle camerounaise, un secteur dont le potentiel demeure largement sous-exploité malgré la vitalité de sa création artistique.

La propriété intellectuelle comme actif économique

Pendant une journée, les travaux se sont articulés autour de plusieurs thématiques stratégiques : le rôle des organismes de gestion collective, le cadre juridique de la protection des œuvres, la lutte contre la piraterie, le recouvrement des redevances ainsi que les mécanismes destinés à optimiser la perception des droits des créateurs.

Le programme a réuni notamment Ousmanou, président du Conseil d’administration de la SCAAP, George Malle, directeur général de la société, le professeur Edimo François Jean Eugène, président de la Commission de contrôle des organismes de gestion collective, le professeur Assipolo Kepseu Laurain, maître de conférences à l’Université de Douala, ainsi que Me Kwendjeu Léopold, avocat et spécialiste du droit d’auteur.

Au-delà de l’aspect pédagogique, les échanges ont mis en évidence un constat partagé : sans une protection efficace des œuvres, les investissements dans la création audiovisuelle, photographique et numérique restent fragilisés.

Une industrie créative confrontée à la piraterie

Pour les acteurs culturels, la contrefaçon constitue aujourd’hui l’un des principaux freins au développement d’une véritable industrie créative.

Films copiés et diffusés illégalement, photographies reproduites sans autorisation, contenus numériques partagés sur les plateformes sociales ou les services de messagerie sans rémunération des auteurs : ces pratiques privent les créateurs, producteurs et investisseurs de revenus indispensables au financement de nouvelles productions.

Dans un marché où les marges restent limitées, chaque œuvre piratée représente une perte directe pour l’ensemble de la chaîne de valeur culturelle.

La problématique prend une dimension encore plus importante avec l’essor des plateformes numériques et des contenus dématérialisés, qui exigent désormais des mécanismes de contrôle, de traçabilité et de gestion collective adaptés aux nouveaux usages.

Transformer la culture en moteur de croissance

Le séminaire de Douala intervient alors que plusieurs institutions africaines encouragent les États à considérer les industries culturelles et créatives comme un véritable secteur économique. Les travaux récents menés par l’OAPI et l’OMPI rappellent que le droit d’auteur ne constitue pas seulement un instrument juridique, mais un levier de financement de l’innovation, de l’investissement et de la création d’emplois. 

Pour le Cameroun, où le cinéma, la photographie, la production audiovisuelle et les contenus numériques connaissent une forte progression, la sécurisation des droits apparaît désormais comme une condition essentielle pour attirer davantage d’investissements privés.

Les organismes de gestion collective sont ainsi appelés à renforcer leur crédibilité, améliorer la collecte des redevances et garantir une redistribution plus transparente aux titulaires de droits.

Un enjeu de souveraineté économique

Au-delà de la défense des intérêts des artistes, la protection du droit d’auteur participe également à la souveraineté économique.

En limitant la circulation des œuvres contrefaites et en améliorant le recouvrement des droits, l’État protège un secteur créateur de valeur, favorise la formalisation des activités culturelles et accroît les recettes fiscales générées par les industries créatives.

Les recommandations attendues à l’issue de cette rencontre devraient contribuer à renforcer la coopération entre autorités publiques, magistrats, forces de contrôle, organismes de gestion collective et plateformes numériques afin d’améliorer l’application de la législation.

À l’heure où l’économie créative devient un pilier des stratégies de diversification économique sur le continent, la SCAAP entend rappeler qu’une œuvre protégée n’est pas seulement une création artistique : elle constitue un actif économique capable de générer des revenus, des emplois qualifiés et de renforcer l’attractivité du Cameroun dans les chaînes de valeur culturelles africaines.

VICTOR ESSO TIKI 

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