🇨🇲🇹🇩🇬🇦🇨🇬🇬🇶🇨🇫Afrique centrale : la CEMAC pose les bases d’une révolution silencieuse de l’état civil
À Yaoundé, la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale vient de franchir une étape décisive dans la modernisation de ses systèmes statistiques. Réunis du 20 au 22 avril 2026, experts nationaux, partenaires techniques et institutions internationales ont validé un guide pratique régional destiné à transformer en profondeur l’enregistrement des faits d’état civil (ESEC) — un pilier encore fragile des politiques publiques en Afrique centrale.
Un chantier stratégique pour la gouvernance
Derrière l’apparente technicité du sujet se cache un enjeu fondamental : rendre visibles des millions de citoyens encore absents des registres administratifs. Naissances non déclarées, décès non enregistrés, données démographiques fragmentées — autant de lacunes qui entravent la planification économique, la gouvernance sociale et l’accès aux droits fondamentaux.

Dans son discours de clôture, Nicolas Beyeme Nguema a insisté sur cette dimension structurante : renforcer l’état civil revient à consolider le contrat social entre l’État et le citoyen, tout en améliorant l’efficacité des politiques publiques.
Une validation technique, mais surtout politique
Le document validé à Yaoundé n’est pas un simple manuel opérationnel. Il constitue un référentiel régional harmonisé, fruit de plusieurs mois de consultations entre les États membres de la CEMAC et leurs partenaires, notamment le Fonds des Nations unies pour la population et la Banque mondiale.
Structuré en sept chapitres, le guide a été examiné en profondeur par les participants, avec des amendements intégrés pour tenir compte des réalités nationales. « Les travaux ont pleinement atteint leurs objectifs », a souligné le commissaire, saluant la qualité des échanges et des contributions techniques.
Mais au-delà de la validation, l’enjeu réside désormais dans l’appropriation politique du texte. La Commission de la CEMAC prévoit de soumettre le guide aux instances communautaires pour adoption au plus haut niveau, condition indispensable à sa mise en œuvre effective dans les six pays membres.
Une coopération régionale sous pression
Ce chantier intervient dans un contexte où les systèmes statistiques africains font face à des exigences croissantes : suivi des Objectifs de développement durable (ODD), gestion des crises humanitaires, ou encore planification démographique.
La CEMAC, longtemps critiquée pour la lenteur de ses réformes, tente ici de démontrer sa capacité à produire des outils concrets d’intégration régionale. Le projet HISWACA (Harmonisation et amélioration des statistiques en Afrique de l’Ouest et du Centre), soutenu par la Banque mondiale, illustre cette montée en puissance des dispositifs techniques régionaux.
De la théorie à la mise en œuvre
Reste la question clé : celle de l’exécution. Comme l’a rappelé Nicolas Beyeme Nguema, les équipes de la Commission devront assurer un suivi rigoureux de l’intégration des amendements et accompagner les États dans la phase opérationnelle.
Des réunions virtuelles sont déjà prévues pour finaliser le document et maintenir la dynamique d’engagement. Mais la réussite dépendra surtout de la capacité des administrations nationales à mobiliser des ressources, moderniser leurs infrastructures et former leurs agents.

Un enjeu de souveraineté statistique
En filigrane, cette initiative pose la question de la souveraineté des données en Afrique centrale. Dans une économie mondiale de plus en plus pilotée par les chiffres, disposer de systèmes fiables d’état civil et de statistiques devient un levier stratégique.
« Il s’agit de mieux planifier le développement et de suivre efficacement les politiques publiques », a résumé le commissaire, en appelant à une mobilisation durable des États.
Une ambition régionale à confirmer
La validation du guide ESEC marque ainsi une avancée notable pour la CEMAC. Mais comme souvent dans les processus d’intégration africaine, tout se jouera dans la phase d’implémentation.
Entre ambitions techniques, contraintes budgétaires et réalités administratives, l’Afrique centrale s’engage dans une réforme discrète mais structurante. Une réforme qui, si elle aboutit, pourrait redéfinir en profondeur une nouvelle relation et donnera enfin une existence statistique à des millions d’invisibles.
La RédactionÂ


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