🇨🇲Cameroun : les règles d’origine, le nouvel atout industriel pour conquérir les marchés africains
Douala. Derrière leur apparente technicité, les règles d’origine sont en train de devenir l’un des principaux leviers de compétitivité des entreprises africaines. Alors que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) entre progressivement dans sa phase opérationnelle, le Cameroun entend accélérer l’appropriation de cet instrument stratégique afin de permettre à ses exportateurs de bénéficier pleinement des préférences tarifaires offertes par les accords commerciaux.

C’est dans cette perspective que le Conseil National des Chargeurs du Cameroun (CNCC) accueille, du 29 juin au 2 juillet 2026 à l’Hôtel Sawa de Douala, un atelier de haut niveau consacré aux Règles d’origine, organisé avec le soutien du Programme UE–Organisation mondiale des douanes (OMD) pour les Règles d’origine en Afrique (RoO Africa Programme).
Cette initiative, financée par l’Union européenne, dépasse largement le cadre d’une simple formation technique. Elle s’inscrit dans une stratégie visant à renforcer la souveraineté commerciale et industrielle du Cameroun tout en consolidant son positionnement au sein des chaînes de valeur régionales.
Les règles d’origine, la clé d’accès aux préférences commerciales
Dans l’économie mondiale actuelle, les accords commerciaux ne garantissent pas automatiquement un accès privilégié aux marchés. Encore faut-il démontrer que les produits exportés remplissent les critères d’origine prévus par les différents accords.
Pour les entreprises africaines, cette exigence constitue souvent le principal obstacle à l’utilisation effective des préférences tarifaires.
Au Cameroun, nombre d’exportateurs, de transitaires, de logisticiens et même de PME industrielles maîtrisent encore insuffisamment ces mécanismes. Résultat : plusieurs opérateurs continuent de supporter des droits de douane évitables, subissent des retards dans les opérations de dédouanement ou voient leurs marchandises faire l’objet de litiges administratifs.
Cette faible appropriation limite considérablement les bénéfices attendus de la ZLECAf, pourtant appelée à devenir le plus vaste marché intégré du monde en nombre de pays participants.

Un enjeu industriel autant que commercial
Pour les experts réunis à Douala, les règles d’origine ne concernent plus uniquement les administrations douanières.
Elles deviennent désormais un instrument majeur de politique industrielle.
Les critères liés à la transformation substantielle, au changement de classement tarifaire ou encore à la valeur ajoutée locale incitent les entreprises à transformer davantage leurs matières premières sur le territoire national plutôt qu’à exporter des produits bruts.
Autrement dit, plus une économie industrialise ses filières, plus elle augmente ses chances de satisfaire aux critères d’origine et d’accéder aux marchés préférentiels.
Cette logique est particulièrement importante pour les secteurs prioritaires du Cameroun :
- cacao et transformation chocolatière ;
- café ;
- bois et industrie forestière ;
- textile et habillement ;
- agro-industrie ;
- industries manufacturières.
Autant de filières appelées à jouer un rôle central dans la stratégie nationale d’industrialisation.
Le CNCC au cœur de la stratégie ZLECAf
L’atelier s’inscrit dans la continuité des missions confiées au Conseil National des Chargeurs du Cameroun par le ministère du Commerce dans le cadre de la mise en œuvre de l’Initiative du Commerce Guidé de la ZLECAf.

Depuis 2022, le CNCC coordonne le sous-comité chargé d’accompagner les premiers échanges commerciaux pilotes réalisés dans le cadre du marché continental.
Cette expérience a permis au Cameroun de figurer parmi les premiers États africains ayant concrètement testé les mécanismes commerciaux de la ZLECAf, avec une attention particulière portée à l’intégration des PME, des entreprises dirigées par les femmes ainsi que des jeunes entrepreneurs.
La nouvelle étape consiste désormais à diffuser cette expertise auprès d’un plus grand nombre d’acteurs économiques.
Former des experts nationaux plutôt que dépendre d’une assistance extérieure
L’objectif principal du programme est ambitieux : constituer une première génération camerounaise de formateurs certifiés en règles d’origine.
Une quinzaine à une vingtaine de cadres issus des administrations publiques, du secteur privé, des organisations professionnelles et des institutions d’appui au commerce suivent une formation intensive assurée par les spécialistes de l’Organisation mondiale des douanes.
Au-delà de l’acquisition des connaissances, il s’agit de créer un véritable réseau national capable d’assurer durablement la diffusion des bonnes pratiques auprès des entreprises.
À terme, ces experts pourraient intégrer le Réseau africain des formateurs en règles d’origine, renforçant ainsi la présence du Cameroun dans les mécanismes continentaux de facilitation des échanges.

Une mobilisation institutionnelle inédite
Le caractère stratégique de l’initiative se traduit par la diversité des institutions impliquées.
Autour du CNCC interviennent notamment le Ministère du Commerce, le MINPMEESA, les Douanes camerounaises ainsi que plusieurs organismes techniques tels que l’ANOR, LANACOME, l’ARMP et le GUCE.
Les principales organisations patronales, parmi lesquelles le GECAM, la CCIMA et ECAM, participent également aux travaux afin d’assurer une appropriation effective des mécanismes par le secteur privé.
Sur le plan régional, la CEMAC, la CEEAC ainsi que l’UCCA accompagnent cette dynamique dans une logique d’harmonisation des pratiques commerciales en Afrique centrale.
Vers une meilleure compétitivité des entreprises camerounaises
Pendant quatre jours, les participants approfondiront les fondements des règles d’origine, les procédures de certification, le rôle des administrations douanières, les difficultés rencontrées par les opérateurs ainsi que les spécificités des différents accords commerciaux conclus par le Cameroun.
Des études de cas pratiques permettront également d’adapter les enseignements aux réalités des entreprises locales.
À l’issue du programme, les autorités espèrent disposer d’un noyau d’experts capables d’améliorer la fiabilité des décisions d’origine, de réduire les litiges commerciaux et d’accompagner les exportateurs dans l’utilisation optimale des préférences tarifaires.
Pour les industriels, l’enjeu est considérable : accéder à un marché africain de plus de 1,4 milliard de consommateurs, réduire les coûts liés aux formalités commerciales et renforcer leur intégration dans les chaînes de valeur continentales.
Au-delĂ de la formation, un changement de paradigme
L’atelier de Douala illustre une évolution profonde de la politique commerciale camerounaise. Longtemps considérées comme un domaine réservé aux administrations douanières, les règles d’origine deviennent désormais un outil de compétitivité, d’industrialisation et d’intégration régionale.
À mesure que la ZLECAf accélère sa mise en œuvre, les pays capables de maîtriser ces mécanismes disposeront d’un avantage décisif pour attirer les investissements, développer leurs exportations à valeur ajoutée et consolider leur base industrielle.
Pour le Cameroun, cette montée en compétence apparaît désormais comme une condition indispensable pour transformer les ambitions de la ZLECAf en opportunités économiques concrètes.
VICTOR ESSO TIKIÂ


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