REVENDICATIONS SOCIALES :FAUT-IL FAIRE LA CHASSE OUVERTE CONTRE OTS, OTA et Cie?

Le monde animalier est florissant dans la savane des saigneurs de la craie. Désormais, sur leurs traces, ils trouveront chasseur à la hauteur de leurs cornes de buffle. La chasse est ouverte dans les steppes, savanes, et autres éco(les) systèmes forestiers de l’Afrique en miniature. En ligne de mire : OTS, OTA et Cie. En tête de la troupe des chasseurs : Paul ATANGA NJI, en charge de la capture des Objets Volants Non Identifiés (OVNI), ONG et autres mouvements non légalisés, frappés d’illégitimité.

C’est l’objet de la circulaire qui vient d’être adressée aux Gouverneurs de Région : « identification des pseudo-représentants et adhérents OTS-OTA ».

D’abord la lettre, ensuite l’esprit de la lettre-circulaire que le Ministre de l’Administration Territoriale (MINAT), Paul ATANGA NJI, vient de signer.
L’objet de la correspondance :  » identification des pseudo-représentants et adhérents OTS-OTA ». Destinataires de premier ordre : les 10 (dix) Gouverneurs de Région. Date de signature : 08 mai 2022. Corps du document : 12 paragraphes. Ampliation : 07 copies officielles. Les unes, à titre de compte-rendu ; les autres, à titre d’information : Ministre d’État, Secrétaire Général de la Présidence de la République ; Secrétaire Général des Services du Premier Ministre ; Ministre des Finances ; Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale ; Ministre des Enseignements Secondaires ; Ministre de l’Education de Base ; Ministre de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative.

En lisant entre les lignes, l’esprit de la lettre apparaît clairement. En quelques points significatifs.
1) On en sait désormais un peu plus sur les véritables motivations de la concertation du mercredi 04 mai 2022, tenue à 14h00, dans la Salle des Conseils de Cabinet à l’Immeuble Étoile. Sobrement, soporifiquement, subrepticement intitulée « réunion interministérielle consacrée à la résurgence des revendications dans le secteur éducatif », la concertation avait valeur et teneur d’une réunion de crise. Elle est survenue dès le premier jour d’ouverture d’une semaine qui avait été bien grignotée jusqu’à mardi par un long week-end de jours fériés (Journée internationale du travail, fin du Ramadan…).
2) A la réunion de crise succèdent logiquement des actions dont l’urgence est clairement indiquée. La lettre de référence est signée un dimanche après-midi, le 08 mai. Une date symbolique. Historiquement. Le 08 mai 1945, fut fixée comme la date de capitulation sans condition de l’Allemagne lors de la Seconde Guerre mondiale. C’est un signal dans l’escalade que vient de connaître la crise des enseignants et l’option gouvernementale de donner une suite favorable et diligente à leurs revendications légitimes.
3) Les éléments de langage « policier » qui apparaissent de prime abord, renseignent à suffisance sur la nature des actions annoncées : « identification », « pseudo-représentants », « mouvements »… un tel choix lexical est manifestement délibéré pour que nul n’en ignore. « Dès ce jour », peut-on lire dans la circulaire, il sera procédé « à l’identification systématique et à l’interpellation, le cas échéant, des signataires des « tracts » véhiculés par les mouvements « OTS » et « OTA », conformément aux lois et règlements en vigueur ».
4) De toute évidence, c’est la fin de la récréation que siffle le Gouvernement dans les cours et salles de classe des établissements scolaires au Cameroun. Dorénavant, force restera à la loi et les rigueurs de la loi s’appliqueront aux « enseignants absents de leurs postes sans aucune raison valable ».
5) Pour éviter tout amalgame et toute méprise, la lettre du MINAT aux Gouverneurs de Région invite à « maintenir le contact avec les syndicats des enseignants légaux qui, de tout temps, ont fait preuve de compréhension et de patriotisme, et ont toujours travaillé avec les plénipotentiaires du Gouvernement en vue de trouver des solutions progressives et durables aux difficultés rencontrées dans le secteur éducatif ».
6) Derechef, l’État entend mettre hors d’état de nuire, et traquer jusqu’à leurs derniers retranchements, « les esprits malveillants » qui se réclament, tantôt du mouvement « OTS », tantôt du mouvement « OTA », « dénués de toute légitimité, qui inondent les réseaux sociaux de « tracts » demandant aux enseignants d’observer des mots d’ordre de grève. Le MINAT en veut pour preuve irréfragable « le document publié en date du 23 avril 2022 ». Donc, la cible est d’ores et déjà bien identifiée. Aussi bien les acteurs visibles que leurs commanditaires. Il s’agit, renseigne le document rendu public par le MINAT, « de certains enseignants (une centaine) qui se réclament manifestement des mouvements « OTS » et « OTA » et « des responsables des partis politiques et d’ONG » naguère surpris en pleine réunion dont l’objet portait sur « des projets politiques à caractère insurrectionnel ». Ces suspects sont aujourd’hui en cours d’exploitation, précise le MINAT qui entend ainsi mettre fin à l’imposture des mouvements clandestins, pris en flagrant délit de conspiration contre l’État.
7) La chose est suffisamment grave, et les faits rapportés, suffisants, pour que chasse soit lancée contre les comploteurs de l’école républicaine, du dialogue social inclusif tant réclamé en cas de conflit social, et opportunément acté par le Gouvernement pour trouver solutions concertées aux problèmes d’intérêt commun.
8) Les premières retombées de ce dialogue républicain sont bien connues. A la lecture des bulletins de solde des personnels enseignants, il est loisible de constater la présence et la prégnance des effets financiers. De février à mars 2022, au titre du paiement du complément salarial mensuel pour les enseignants qui ne touchaient que 2/3 de leur salaire, et des indemnités de non logement, nombre d’enseignants sont passés de l’indice 335 à l’indice 430, et conséquemment d’un salaire mensuel de 128 mille à 219 mille francs CFA environ pour ceux qui ne bénéficiaient pas de leurs indemnités de non logement ; et de 159 mille à 219 mille francs CFA environ pour ceux qui en bénéficiaient déjà (source : Directeur des Personnels et Pensions au MINFI dans Dimanche Midi/CRTV du 08 mai 2022). En fin mai 2022 seront apurès les rappels des sommes dues relatives au non logement et au complément salarial. Et dès juin 2022, seront payés, de façon échelonnée, les rappels dûs dans le cadre des avancements et autres reclassements des enseignants.
9) A titre de rappel : le Président de la République avait déjà autorisé le déblocage de 2,7 milliards de francs CFA au titre des arriérés dûs aux enseignants mobilisés pour la correction des examens officiels de l’Office du Baccalauréat du Cameroun pour le compte des exercices budgétaires 2020-2022.
10) A l’observation comme à l’analyse, il est aisé de saisir la bonne foi du Gouvernement et les visées politiciennes de certains enseignants dans la recherche des solutions aux doléances légitimes, exprimées dans le secteur éducatif. Ce secteur névralgique est en proie à une crise en voie de résolution. L’opinion est prise à témoin pour effectuer les arbitrages nécessaires. En cas de besoin. Dont acte!

Jean Atangana

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