Cameroun : Le Travail Est-il Toujours Une Vertu ?

 » Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin ». Non sans candeur, ainsi Voltaire, dans « Candide », appréhende-t-il les bienfaits du travail. Encore faudrait-il qu’il soit décent. Selon les normes de l’Organisation Internationale du Travail.

A l’évaluation des nuisances sonores, visuelles, voire audiovisuelles qui traversent le champ camerounais d’interactivité, peut-on conclure que le Cameroun travaille véritablement à cultiver son jardin ? A la faveur de la 136ème édition de la journée internationale du travail, faut-il faire l’éloge du travail, chanter son requiem ou prononcer un réquisitoire ?

Tout travail bien fait mérite… éloge (pas seulement un salaire). Mal exécuté, il mérite la potence. Le réquisitoire peut alors commencer. A la fois éloge, requiem et réquisitoire, telle sera notre contribution à l’exercice de cogitation, ouvert en l’absence des « enjaillements » auxquels donne traditionnellement lieu la célébration du 1er mai.

1- Les exemples vivants sont d’un autre pouvoir parce qu’ils sont entraînants (en latin, exempla trahunt). Il habite Nkol Anga, sur la route de Mfou, dans la proche banlieue-Sud de Yaoundé. Il est Chef de service du personnel dans une société d’État dont l’une des agences se trouve à l’autre bout de la capitale. Au quartier Emana. Tous les jours, à la même heure (5h du matin), il démarre sa voiture pour être à son office avant 7h30, heure d’ouverture officielle des bureaux au Cameroun, témoigne un voisin qui ne tarit pas d’éloges à l’endroit de ce modèle, taillé sur le patron de la Direction Générale. Située au cœur de la ville.
Vue de l’extérieur, la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) offre un bel exemple de ponctualité. A 7h30, tous les parkings sont pleins. Vue de l’intérieur, la CNPS offre des places assises, met à disposition des hôtesses au service de l’usager. Point n’est besoin de se perdre dans les dédales d’un immeuble qui peut s’apparenter à un labyrinthe pour un visiteur de passage. « Ici, se félicite notre témoin, jeune retraité de son état, Noel Alain Olivier MEKULU MVONDO AKAME, a fait fort ; c’est le service et la satisfaction du service rendu qui viennent à la rencontre de l’usager ». Et ça dure depuis avril 2008, date de sa nomination. Que ferait-on d’un si bon joueur, s’interrogent les pensionnés de la CNPS ?
La tutelle technique de la CNPS, en l’occurrence, le Ministère du Travail et de la Sécurité Sociale, s’inscrit elle-même dans cette logique de rigueur et de discipline. Le Ministre Grégoire OWONA, pur produit du secteur privé, donne rendez-vous à la minute près, et cause des remords au visiteur qui connaît un glissement, fut-ce de quelques secondes, dans son agenda. J’en ai fait l’amère expérience dans ses bureaux de Secrétaire Général Adjoint du Comité Central du RDPC, parti majoritaire au pouvoir. Pour recouper l’information, le Chef de service politique que j’étais alors à la CRTV, obtint un rendez-vous ferme. J’arrivai deux ou trois minutes après, je le croisai aux escaliers alors qu’il courrait vers son autre bureau, au Palais de l’Unité, celui de Ministre Délégué chargé des Relations avec les Assemblées. Il me lança, au pas de course : il faudrait me rappeler…Malgré le temps passé, il paraît que l’homme n’a point changé…
Des exemples vivants de cette nature ne font pas Florès dans notre pays, considéré (à tort et par méchanceté) comme le totem de l’immobilisme. Mais, il en existe. La Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) fait partie de ce peloton d’exception.

2- Silence on travaille ! Ce type d’avertissement barre de moins en moins, les portes des bureaux. Le défaut de signalétique n’explique pas tout. A la vérité, il est des écriteaux qui interpellent les consciences et mettent mal à l’aise dans un environnement de travail voué à la jacquerie, à la jactance et au bavardage oiseux.
Tant dans les bureaux que sur la place publique, le commérage, le colportage, le cancan suffisent, de nos jours, à remplir l’office du « Ministère public ». Des plus grands aux plus petits, ça vole bas et ça tire au-dessous de la ceinture. Des vidéos écument les réseaux (sociaux) qui indiquent à suffisance ce qui occupe véritablement les serviteurs de l’Etat derrière leurs bureaux (cossus). Ça travaille. Ça carbure. Et ça se voit.
Du fond de son laboratoire, un activiste peut créer la confusion sur une image pornographique et jeter l’opprobre (impunément ?) sur une personnalité publique. On se gausse de l’autorité de l’État en tournant en dérision, toutes décisions ou observations émanant de l’autorité publique. Le secret d’État ou le secret défense ont perdu toute légalité, et leur légitimité est de plus en plus contestée. Sacqué, l’État l’est dans toutes ses représentations et dans tous ses démembrements. Ce travail de sape témoigne de l’endurance de certains compatriotes… au travail, et de la résilience de certains autres face à la calomnie, à la vilenie, au sabotage.
Ce travail indécent (au sens moral) mérite le mépris de tous. Et la condamnation générale. Mais, quelle place occupent aujourd’hui les questions de morale ou d’éthique dans nos sociétés galvaudées où tous (presque) semblent se plaire dans le jeu malsain de la mesquinerie et de l’esbroufe ? Du beau travail se fait, en tout cas, dans les officines de Méphistophélès, qui garantissent la régression de la Nation, promeuvent la médiocrité et font prospérer la méchanceté.

3- Notre réquisitoire. Est-ce là le travail pour lequel se sont battues des générations pour bâtir une société plus juste et plus prospère ? Non !
Est-ce là le « vade mecum » que Lafontaine destinait aux enfants de son laboureur de légende : « creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place où la main ne passe et repasse » ? Non !
Est-ce là le « travail décent » que recommande l’Organisation Internationale du Travail qui attache à cette notion, les aspirations de tout travailleur : « possibilité d’exercer un travail productif et convenablement rémunéré, assorti de conditions de sécurité sur le lieu de travail et d’une protection sociale pour sa famille, dans un environnement qui intègre l’égalité de chances et de traitement entre femmes et hommes » ? Nenni !
Est-ce là le travail que le Créateur du monde a béni pour permettre à l’homme de « dominer sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre » ?
Si nous convenons tous que le travail désigne tout autre chose de plus noble et valorisant, alors travaillons ensemble à redorer son blason. En récompensant le beau travail et les bons travailleurs. En érigeant en modèles ceux qui honorent leur pays de leur travail…Pour que vive le travail !

Sinon, tôt ou tard, Germinal, ce vibrant plaidoyer en faveur des déshérités et des exploités, viendra faire chorus avec Lénine qui, lors du deuxième Congrès du Komintern en 1920, poussa ce cri de ralliement : « Travailleurs et peuples opprimés de tous les pays, unissez-vous ! » Et ça a déjà commencé, sussure-t-on. Avec OTS, en sommes-nous si éloignés ?

Jean Atangana

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