🇬🇦Gabon : Oligui Nguema manœuvre pour ne pas être lâché par les deux véhicules politiques qui l’ont conduit au pouvoir
À peine installé pour un mandat de sept ans, Brice Clotaire Oligui Nguema est déjà confronté à son premier défi politique majeur : conserver simultanément le contrôle de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), son propre parti, tout en empêchant l’implosion du Parti démocratique gabonais (PDG), l’ancien parti-État dont une partie des réseaux continue de structurer le pouvoir local gabonais.
Derrière les récents remaniements opérés au sein de l’UDB et les initiatives visant à contenir les tensions internes du PDG se dessine une même préoccupation : éviter que les deux principales machines politiques qui ont contribué à sa conquête du pouvoir ne deviennent, demain, les foyers d’une contestation organisée.
Le paradoxe Oligui : créer son parti sans détruire le PDG
Depuis la chute d’Ali Bongo en août 2023, puis sa victoire écrasante à l’élection présidentielle de 2025, Brice Oligui Nguema a bâti sa légitimité sur une coalition hétéroclite mêlant militaires, technocrates, société civile, notables provinciaux et anciens cadres du PDG.
La création du Rassemblement des bâtisseurs, devenu ensuite l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), devait permettre de fédérer cette nouvelle majorité présidentielle autour d’un appareil politique moderne et entièrement loyal au chef de l’État. Plus de 80 partis et plusieurs milliers d’associations avaient rejoint cette plateforme durant la campagne présidentielle.
Mais l’exécutif gabonais se heurte aujourd’hui à une réalité politique bien connue en Afrique centrale : les anciens partis dominants ne disparaissent jamais totalement.
Malgré son affaiblissement électoral, le PDG conserve des relais dans les provinces, dans l’administration, au Parlement, dans les collectivités territoriales et au sein des élites économiques. Il demeure un acteur incontournable du paysage politique gabonais.
Pour Oligui Nguema, la difficulté consiste donc à construire une majorité présidentielle durable sans provoquer l’effondrement brutal d’un appareil dont une partie continue de soutenir son pouvoir.
Une fronde silencieuse gagne le PDG
Selon plusieurs observateurs de la vie politique gabonaise, la direction actuelle du PDG est confrontée à une montée des frustrations internes.
De nombreux cadres historiques reprochent à certains dirigeants d’avoir transformé le parti en simple force d’appoint du nouveau pouvoir. D’autres dénoncent la marginalisation progressive des figures ayant survécu à la chute du régime Bongo.
Cette contestation reste encore diffuse mais elle révèle une inquiétude croissante : celle de voir le PDG perdre définitivement son identité politique au profit de l’UDB.
Pour plusieurs responsables locaux, l’ancien parti présidentiel risque désormais de servir uniquement de réservoir électoral ou de structure de mobilisation sans disposer d’une véritable autonomie stratégique.
L’UDB face à ses propres contradictions
Mais les difficultés ne se limitent pas au PDG.
L’UDB elle-même traverse une phase délicate de structuration. Créée dans l’urgence électorale pour porter la candidature du chef de l’État, elle rassemble des profils politiques parfois incompatibles : anciens opposants, ex-cadres du PDG, membres de la société civile, personnalités indépendantes et figures issues de la transition militaire.
Cette diversité a constitué une force durant la conquête du pouvoir. Elle pourrait devenir une faiblesse dans l’exercice du pouvoir.
Plusieurs responsables du mouvement s’interrogent déjà sur la répartition des postes, l’accès aux ressources politiques et la définition de la ligne idéologique du parti.
Les récentes réorganisations internes apparaissent ainsi comme une tentative de reprise en main destinée à empêcher la constitution de courants rivaux autour de personnalités émergentes.
La stratégie du double verrou
Face à cette situation, Brice Oligui Nguema semble privilégier une stratégie de “double verrou”.
Le premier consiste à renforcer l’UDB afin qu’elle demeure l’instrument central de sa majorité présidentielle. Le second vise à maintenir un PDG suffisamment fort pour conserver son utilité électorale, mais insuffisamment autonome pour devenir un centre de pouvoir concurrent.
Cette approche rappelle certaines méthodes observées dans plusieurs régimes africains où le chef de l’État entretient volontairement plusieurs réseaux politiques parallèles afin d’éviter qu’un appareil unique ne puisse contester son autorité.
Dans cette architecture, l’UDB devient le véhicule présidentiel officiel tandis que le PDG demeure une force d’appoint capable d’absorber les frustrations et de canaliser une partie des élites de l’ancien système.

Une bataille décisive avant 2028
Au-delà des questions partisanes, l’enjeu est avant tout institutionnel.
Après avoir remporté la présidentielle avec près de 95 % des suffrages et consolidé sa majorité parlementaire, Oligui Nguema entre désormais dans une phase plus complexe : celle de la gestion du pouvoir.
L’histoire politique africaine montre que les coalitions construites pour gagner les élections sont rarement celles qui permettent de gouverner durablement.
Les prochains mois seront donc déterminants. Si le président parvient à contenir simultanément les ambitions au sein de l’UDB et les frustrations du PDG, il consolidera durablement son emprise sur le système politique gabonais.
Dans le cas contraire, les premières fractures du pouvoir post-Bongo pourraient apparaître beaucoup plus tôt que prévu.
Pour l’heure, le chef de l’État semble avoir identifié le danger : au Gabon, son principal adversaire n’est peut-être plus l’opposition, mais les rivalités qui émergent au sein même du bloc qui l’a porté au sommet de l’État.
Victor ESSO TIKI
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