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AUGMENTATION DU PRIX DES HYDROCARBURES EN 2023: VOICI POURQUOI LE GOUVERNEMENT PROVOQUE LE PEUPLE

Le Cameroun, convient-il de le rappeler, est un pays producteur de pétrole, le 12e dans le classement africain des pays producteurs de l’or noir. Toutefois, son pétrole brut est de type lourd, et sa Société Nationale de Raffinage (SONARA), créée le 24 mars 1973, et détenue à 4% par Total et 96% par l’État, n’est pas technologiquement et infrastructurellement à même de transformer le pétrole brut lourd du Cameroun en divers produits finis requis dans son économie, c’est une « topping reforming » créée à dessein pour prioritairement raffiner le brut léger en provenance du Nigéria où Total avait de grands intérêts et enjeux lucratifs.

La gouvernance pétrolière du Cameroun a été menée de façon opaque, occulte et discrétionnaire dans la première République, sans aucune budgétisation de la rente pétrolière. Dès 1973 déjà, la transparence était le cadet des soucis, et la richesse pétrolière nationale n’a profité qu’à une oligarchie bureaucratique. L’avènement du régime du renouveau avec l’homme du 06 novembre 1982 ne changera pas la donne. En effet, ce n’est qu’à la lisière des années 2000 que le pétrole camerounais et sa rente feront l’objet d’une budgétisation. Ainsi, le régime du renouveau comme celui d’Ahidjo, a profité pendant près de 2 décades de l’opacité de la gestion du pétrole camerounais…

LE PRODUCTEUR QUI IMPORTE PATHOLOGIQUEMENT : L’INCONGRUITÉ DES SUBVENTIONS DE L’ÉTAT.

Une ingénierie pernicieuse de la gouvernance du pays dès les premières heures de la gestion de la rente pétrolière, a résolu de faire du Cameroun un pays importateur de brut léger à faire raffiner par la SONARA. Une telle dépendance et extraversion ne sont pas sa conséquence sur la balance des paiements et les finances publiques du pays. Et en 4 décades de gouvernance, le régime du renouveau a perpétué ce travers : la SONARA au bout d’une cinquantaine d’années d’existence n’a nullement fait sa mue pour raffiner le pétrole brut lourd du Cameroun. C’est un fiasco épique à mettre au nombre des échecs de la gouvernance du renouveau : et c’est un euphémisme que de le dire ainsi.

Le Cameroun produit en moyenne 100.000 barils/jour pour un besoin national de 45.000 barils/jours. Le différentiel de 55.000 barils/jour entre la production et la consommation nationales atteste bien le fait que celui-ci devrait largement mettre à l’abri la consommation nationale sans que le peuple ait à en pâtir.

La production nationale de brut lourd du Cameroun en 2019 par exemple était de 25,996 millions de barils ; et en 2020, elle était de 26,556 millions de barils. Si l’on s’en tient à la donnée de 2020, pour un cours du baril à 89,21$ à date, les recettes de la vente de notre pétrole brut lourd pour l’exercice 2022 devrait rapporter environ : 26,556 millions × 89,21 = 2.369.060.760 $ US. Une conversion de ce montant en F CFA pour un change à date de 1$ pour 641,06 F CFA nous permettrait d’obtenir un revenu pétrolier de l’ordre de : 1.518.710.090.805 F CFA. L’on ne rêve pas ! C’est de la triviale arithmétique.

Ceci dit, avec un tel revenu pétrolier, quel sens revêt encore les subventions de carburants ? Notamment, lorsqu’on sait d’après les chiffres officiels qu’elles s’élévaient à la bagatelle de 100 milliards de F CFA en 2021 ? Un tel revenu permet de financer largement les importations de brut léger du Cameroun même avec la logique de corruption et de rétrocommissions y relative. En effet, les importations de brut léger à raffiner par la SONARA coûtent dans les 900 milliards de F CFA. Et il convient d’indiquer qu’un tel coût dans sa structure est à 70% dû aux diverses taxes et autres éléments de fiscalité du gouvernement… Soit ! Tenons-en quand même compte. Ainsi, la marge entre le revenu pétrolier et le coût des importations est de l’ordre de : 1.518.710.090.805 – 900.000.000.000 = 618.710.090.805 F CFA.

Le gouvernement camerounais est coupable d’avoir conçu une ingénierie fiscale avec le dessein de flouer le peuple camerounais. Le montage financier autour du pétrole camerounais est ubuesque et vise à enfumer les masses : nous produisons du brut lourd plus que nous n’importons du brut léger ; notre revenu pétrolier couvre largement nos dépenses en importations de brut léger ; une fiscalité forte et complexe du gouvernement renchérit le montant des importations. En outre, le gouvernement est coupable de la non-libéralisation des importations pour un monopole défavorable aux consommateurs. Ce n’est pas au peuple de trinquer pour l’errance d’une gouvernance irresponsable et l’incompétence.

La crise énergétique inhérente à l’opération militaire spéciale de la Russie en Ukraine amène à tabler sur une prévision de subventions étatiques au secteur pétrolier de l’ordre de 625 milliards de F CFA, sauf qu’au regard de ce qui a été présenté en sus, cette subvention est une hérésie, elle n’a pas saplace. Il suffit à l’État de défiscaliser sur les importations et libéraliser les importations pour que la concurrence profite au peuple.

LE GAZ ET LES DEVISES NON-RAPATRIÉES

Outre l’exportation de son pétrole brut lourd, et ce, malgré l’incendie de la SONARA du 31 mai 2019, le Cameroun engrange par ailleurs énormément de devises de la commercialisation de son gaz de pétrole liquéfié (GPL) et de son gaz naturel liquéfié.

En 2019, 70,855 milliards de pieds cubes standards de GNL et 24.492 tonnes métriques de GPL ont été produits.

En 2020, ce sont par exemple 25.065 tonnes métriques de GPL et 73,466 milliards de pieds cubes de GNL qui ont été produits.

Les difficultés récemment éprouvées par l’État relatives à un manque de devises pour l’achat du brut léger auprès des traders et ayant orchestré une espèce de pénurie dans le pays, n’avaient pas lieu d’être, quand on sait que le Cameroun dispose en ce moment de millions de milliards de francs CFA de nos recettes d’exportations à l’étranger et que le Ministre des Finances Louis Paul Motazé réchigne à rapatrier en toute impunité dans un contexte et une conjoncture économique aussi délétère.

Alain NDOUCK

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