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🇨🇲Cameroun : le gouvernement lance une vaste remise en ordre de l’appareil industriel et minier

Normes, cartographie industrielle, hydrocarbures et bauxite : Douala devient le laboratoire de la nouvelle politique industrielle de Yaoundé

La tournée de travail effectuée à Douala par le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (MINMIDT) marque un tournant dans la stratégie de réindustrialisation du Cameroun. Derrière les opérations de contrôle ayant conduit à la fermeture de plusieurs unités clandestines se dessine une réforme beaucoup plus profonde : celle d’un appareil productif appelé à devenir plus compétitif, mieux réparti sur le territoire et davantage intégré aux ambitions de transformation économique du pays.

Loin d’être une simple campagne administrative, cette offensive traduit la volonté du gouvernement de remettre de l’ordre dans un secteur industriel longtemps caractérisé par une forte informalité, une faible planification territoriale et un contrôle insuffisant des normes de production.

Une cartographie nationale pour repenser l’industrialisation

Le projet phare présenté par le MINMIDT est sans conteste la future Cartographie nationale des industries, un outil appelé à devenir le tableau de bord de l’industrialisation camerounaise.

L’objectif est double : disposer enfin d’une vision exhaustive de l’ensemble des unités industrielles installées sur le territoire et orienter les nouveaux investisseurs vers les zones présentant un réel potentiel économique.

Cette approche rompt avec plusieurs décennies de concentration industrielle autour de Douala. Le gouvernement ambitionne désormais de rapprocher les unités de production des bassins de consommation et des zones de production agricole ou minière.

La philosophie est clairement résumée par une ambition désormais affichée : « une municipalité, une industrie ».

Au-delà du simple aménagement du territoire, cette stratégie vise à favoriser un développement économique plus équilibré, réduire les coûts logistiques et créer davantage d’emplois locaux.

Dans cette perspective, les services déconcentrés du ministère devront désormais travailler en étroite collaboration avec les préfets, maires, chefs traditionnels et élites locales afin que chaque projet industriel bénéficie réellement aux collectivités concernées, tant en matière d’emplois que de fiscalité locale.

Tolérance zéro contre les industries clandestines

Le second axe de cette restructuration concerne le respect strict de la législation industrielle.

Toute implantation industrielle devra désormais suivre un processus rigoureux comprenant une autorisation préalable d’installation, un cahier des charges technique, environnemental et sécuritaire, avant l’obtention de l’autorisation définitive d’exploitation.

Les inspections menées le 25 juin 2026 à Douala illustrent cette nouvelle doctrine.

Plusieurs établissements industriels dépourvus d’autorisation administrative ont été immédiatement scellés par les équipes du ministère.

Pour Yaoundé, le message est clair : aucune activité industrielle ne pourra désormais fonctionner en dehors du cadre réglementaire.

Le gouvernement entend également renforcer le contrôle des établissements classés, réviser la nomenclature des activités industrielles présentant des risques élevés et assainir le fichier national des agréments industriels.

Cette politique de conformité répond également aux exigences des investisseurs internationaux, pour lesquels la sécurité juridique constitue désormais un critère majeur d’investissement.

Whisky en sachet : la fin d’une époque

L’une des décisions les plus marquantes concerne le secteur des boissons alcoolisées.

Le gouvernement confirme qu’aucune nouvelle prorogation ne sera accordée concernant la disparition progressive des whiskies conditionnés en sachets plastiques.

Les producteurs disposent jusqu’au 18 décembre 2026 pour migrer vers des emballages répondant aux exigences sanitaires et environnementales.

À partir de 2027, seuls les conditionnements conformes aux standards internationaux, notamment les bouteilles en verre répondant aux normes de qualité du contenant comme du contenu, seront autorisés.

Plusieurs unités de production ne respectant ni les règles d’hygiène ni les bonnes pratiques industrielles ont déjà été fermées lors des opérations de contrôle.

Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de montée en gamme de l’industrie agroalimentaire camerounaise, appelée à mieux répondre aux exigences des marchés régionaux et internationaux.

Baker Hughes relance les ambitions pétrolières du Cameroun

Au-delà du secteur industriel, la mission ministérielle s’est également intéressée au redémarrage du secteur des hydrocarbures.

Après plusieurs années marquées par la baisse progressive des réserves pétrolières, le gouvernement veut redonner un nouveau souffle à l’exploration et à la production nationales.

L’inauguration, le 26 juin 2026, de la nouvelle base opérationnelle de Baker Hughes à Douala constitue, selon les autorités, un signal fort.

Le groupe entend faire du Cameroun son principal hub opérationnel pour l’Afrique centrale.

Cette implantation pourrait accélérer le développement de nouveaux blocs pétroliers, améliorer les capacités techniques d’exploration et soutenir les ambitions du pays de développer de nouvelles capacités de raffinage.

Dans un contexte où la sécurité énergétique devient un enjeu stratégique mondial, Yaoundé cherche ainsi à renforcer son autonomie énergétique tout en alimentant son processus d’industrialisation.

Camalco accélère le projet géant de Minim-Martap

Autre temps fort de cette visite : l’inspection des équipements destinés au projet d’exploitation de la bauxite de Minim-Martap.

L’arrivée des premières locomotives de Camalco S.A. confirme que le calendrier industriel du projet est désormais entré dans sa phase opérationnelle.

Le programme est particulièrement ambitieux.

Il comprend la construction de la mine, l’ouverture d’une route de 45 kilomètres reliant le site minier à la gare de Makor, l’aménagement d’un terminal minéralier, la modernisation de plus de 600 kilomètres de voies ferrées jusqu’au port de Douala, la création de deux bases-vie ainsi que la mise en œuvre des projets sociaux prévus par la convention minière.

À cela s’ajoute un objectif industriel majeur : la réalisation d’études de faisabilité pour une future usine de transformation de la bauxite en alumine, première étape vers une véritable industrialisation de la filière.

Le projet prévoit également l’importation progressive de 22 locomotives et 560 wagons, dont une nouvelle livraison est attendue dès le mois de juillet.

Une nouvelle doctrine industrielle

Pris dans leur ensemble, ces différents chantiers traduisent l’émergence d’une nouvelle doctrine industrielle.

Le gouvernement ne se limite plus à attirer des investisseurs.

Il cherche désormais à structurer durablement l’écosystème industriel autour de quatre piliers : une meilleure planification territoriale, le respect des normes internationales, la transformation locale des ressources naturelles et le développement d’infrastructures industrielles lourdes.

Cette approche intervient alors que le Cameroun ambitionne d’accélérer sa transformation structurelle afin de réduire sa dépendance aux importations et d’accroître la valeur ajoutée produite localement.

Si ces réformes sont effectivement mises en œuvre sur l’ensemble du territoire, elles pourraient constituer l’une des restructurations industrielles les plus importantes engagées par le pays depuis plusieurs décennies.

VICTOR ESSO TIKI 

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