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🇨🇲Cameroun :Le Ministre Prof Fuh Calistus Gentry lance l’offensive contre les industries clandestines pour restaurer l’État industriel

Le MINMIDT engage une vaste opération de mise en conformité des entreprises afin de protéger les consommateurs, renforcer les recettes publiques et accélérer la transformation industrielle du Cameroun

DOUALA – Le gouvernement camerounais a décidé de durcir le ton face aux entreprises industrielles opérant en marge de la réglementation. En effectuant une tournée de trois jours dans la capitale économique, le Ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (ai), Pr Fuh Calistus Gentry, a lancé ce qui s’apparente à une vaste opération de reprise en main du tissu industriel national. Derrière les visites d’usines et les contrôles de conformité se dessine une stratégie économique beaucoup plus ambitieuse : assainir le secteur industriel, protéger les consommateurs, élargir l’assiette fiscale et améliorer la compétitivité du “Made in Cameroon”.

Dans un contexte où la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30) fait de l’industrialisation l’un des principaux leviers de croissance, le gouvernement entend désormais imposer le respect strict des normes nationales et internationales à tous les opérateurs, qu’ils soient camerounais ou étrangers.

Une première étape consacrée aux champions industriels

La mission ministérielle, entamée le 24 juin à Douala, a débuté par des échanges avec deux acteurs majeurs de l’industrie lourde : YOUSHENG CEMENT, implantée dans la zone industrialo-portuaire de Dibamba, puis METAFRIQUE STEEL S.A., située dans la zone industrielle de Logbaba.

Au-delà des visites de courtoisie, ces rencontres ont permis d’aborder plusieurs chantiers structurants de la politique industrielle camerounaise : le renforcement de la sécurité industrielle, la création d’une cartographie nationale des industries, l’amélioration de l’indice d’industrialisation, la transformation locale des matières premières ainsi que le développement de chaînes de valeur à forte valeur ajoutée.

Le ministre a notamment recommandé qu’à l’horizon des trois prochaines années, la production de billettes d’acier abandonne progressivement le recyclage de la ferraille pour s’approvisionner directement en concentrés de fer issus des futurs projets miniers camerounais. Une orientation qui traduit la volonté du gouvernement d’intégrer davantage le secteur minier à l’industrie manufacturière.

Place ensuite aux sanctions

Mais c’est véritablement au deuxième jour de cette tournée que le ton s’est considérablement durci.

Accompagné du Gouverneur de la région du Littoral, du Préfet du Wouri, de l’Inspecteur général du MINMIDT, des directeurs centraux du ministère ainsi que des autorités administratives et traditionnelles, le ministre a conduit une vaste opération de contrôle dans plusieurs zones industrielles et périphériques de Douala.

Le constat dressé par les équipes techniques est préoccupant.

De nombreuses unités de production fonctionnent sans autorisation ministérielle, sans immatriculation auprès des services compétents ou en violation des normes techniques, environnementales et sanitaires imposées par la réglementation camerounaise.

À l’issue des inspections, une dizaine d’entreprises ont été contrôlées, tandis que sept établissements ont été immédiatement placés sous scellés pour exploitation illégale, absence d’autorisation ou non-respect des exigences réglementaires.

Plusieurs invitations à régulariser leur situation ont également été remises aux promoteurs concernés.

Le fait que plusieurs entreprises contrôlées soient détenues par des investisseurs étrangers illustre, selon les autorités, la volonté de faire appliquer la loi sans distinction de nationalité.

Restaurer une concurrence loyale

Pour le MINMIDT, l’objectif dépasse largement la simple fermeture d’usines irrégulières.

Ces entreprises clandestines créent une concurrence déloyale envers les industriels respectueux des règles, échappent aux obligations fiscales et fragilisent l’ensemble de l’écosystème productif.

Le ministère souhaite désormais conditionner toute autorisation industrielle au respect strict d’un cahier des charges réglementaire. Les permis d’exploitation ne seront délivrés qu’après vérification complète des obligations administratives, techniques et environnementales.

Les entreprises récalcitrantes s’exposent désormais à des sanctions pouvant aller de lourdes amendes à la fermeture définitive de leurs installations.

Le ministère annonce également que la liste des entreprises opérant illégalement sera désormais rendue publique et régulièrement actualisée, une mesure destinée à accroître la transparence tout en exerçant une pression supplémentaire sur les opérateurs non conformes.

Une question de santé publique

L’opération vise également à répondre à une préoccupation croissante : la protection des consommateurs.

Les inspections ont mis en évidence plusieurs unités de production fabriquant des biens de consommation dans des conditions d’hygiène et de sécurité jugées incompatibles avec les normes en vigueur.

Le ministre a ainsi appelé les consommateurs camerounais à éviter les produits provenant d’entreprises identifiées comme non conformes, estimant que la qualité industrielle constitue désormais un enjeu majeur de santé publique autant que de compétitivité économique.

Le gouvernement entend également renforcer le rôle des collectivités territoriales, des autorités administratives et des chefs traditionnels dans le suivi des implantations industrielles grâce à la future cartographie nationale des industries.

Une réforme qui touche également les boissons alcoolisées

La tournée ministérielle a aussi été l’occasion de rappeler plusieurs mesures réglementaires importantes.

Le MINMIDT a confirmé que l’interdiction définitive du whisky conditionné en sachets plastiques prendra effet le 18 décembre 2026, sans possibilité de report.

Les fabricants qui ne se conformeront pas à cette décision s’exposeront à des sanctions, à la fermeture de leurs unités de production ainsi qu’à la publication de leur identité.

Le ministère annonce par ailleurs qu’à partir de 2027, les producteurs devront progressivement engager la transition des bouteilles en plastique PET vers des emballages en verre, conformément aux standards internationaux.

Un enjeu budgétaire pour l’État

Au-delà des considérations industrielles, cette opération répond également à un impératif budgétaire.

Selon les estimations communiquées par le ministère, les sanctions engagées contre les entreprises non conformes devraient permettre de récupérer près de 50 millions de FCFA de recettes publiques non acquittées.

Toutes les entreprises exerçant illégalement devront régulariser leurs obligations fiscales et administratives envers le Trésor public.

Pour Yaoundé, l’équation est simple : une industrie mieux organisée signifie davantage d’investissements, une meilleure protection des consommateurs, une concurrence plus équitable, mais également une augmentation des recettes fiscales indispensables au financement des politiques publiques.

En faisant de Douala le point de départ de cette offensive réglementaire, le gouvernement adresse un signal clair aux investisseurs : le Cameroun demeure ouvert aux capitaux privés, mais exige désormais que l’activité industrielle s’exerce dans le strict respect des règles, des normes de qualité et des exigences de sécurité. Une évolution qui pourrait marquer un tournant dans la gouvernance industrielle du pays, à l’heure où les ambitions de transformation économique reposent plus que jamais sur la crédibilité de son environnement des affaires.

Victor ESSO TIKI

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