MINUSCA: Antonio Guttieres a-t-il nommé Un Commandant Tortionnaire en Centrafrique ?

C’est le questionnement que beaucoup se posent, depuis la signature de la nomination du Général Mauritanien Ali Zayed Moubarak Al-Kahir, comme désormais le nouveau Commandant des troupes Onusienne en Centrafrique.Des voix s’élèvent d’ores et déjà pour contester cette nomination, et en appeler à sa suspension.Voici du moins l’économie, d’une lettre ouverte parvenue à notre rédaction, qui émane de la société civile Ouest-Africaine.

Nouakchott le 3 septembre 2021.

Lettre ouverte au Secrétaire Général des Nations Unies.

Monsieur Je vous adresse le présent courrier pour vous faire part de notre préoccupation à propos de la nomination du Général de division Ali Zayed Moubarak Al-Khair de l’armée mauritanienne, comme Commandant de la Bangui Joint Force Task au sein de la MINUSCA en RCA.

Le nom du Général Zayed figure sur une liste de tortionnaires, auteurs de graves violations des droits humains, accusés d’avoir participé à l’épuration ethnique de citoyens mauritaniens, appelés Afro-Mauritaniens, dans les années 1990. A l’époque des faits, Général Zayed servait au grade de Lieutenant chargé des renseignements à F’derick dans le Nord Est de la Mauritanie. Durant ces années-là, plus de cinq (500) militaires Afro-Mauritaniens de l’armée ont été victimes d’exécutions extrajudiciaires. Les survivants de ces années de braise, ainsi que des ONG internationales ont établi une liste des victimes et des auteurs des faits allégués.

En 1993, le régime d’alors a fait adopter, par l’Assemblée nationale, une loi d’amnistie consacrant de une impunité et une immunité totales pour les présumés auteurs des faits de crimes contre l’humanité parmi lesquels le Général Zayed.. Par pudeur et respect pour la personne humaine, je ne vais pas décrire la cruauté et les circonstances les plus inhumaines dans lesquelles ces Afro-mauritaniens ont été exécutés.

Au nom de plusieurs associations de défense des droits des victimes et de la société civile d’Afrique de l’Ouest, Je voudrais attirer votre attention sur le faisceau indiscutable d’indices tendant à prouver l’implication personnelle du Général Zayed dans la commission de ces crimes et de l’exécution de certains éléments militaires afro-Mauritaniens. Il a notamment pris part à l’élimination physique du Lieutenant Sarre Yaye par électrocution sur ses parties génitales. Plusieurs rescapés, victimes et témoins en Mauritanie, ou réfugiés depuis 1989 au Sénégal, en France et aux USA sont disposés à apporter leurs témoignages.

Lorsque la nomination du Général Zayed a été rendue publique mi-août, des survivants et associations des victimes ont alerté les institutions et services concernés au sein des Nations unies à Bangui, à Genève et à New York. Le Haut Commissariat aux droits de l’homme à Genève a été saisi. En dépit de toutes ses démarches, le Général Zayed a pris fonction le 31 août. Pour défier les initiateurs de ces démarches, il a fait publier les photos de la cérémonie de sa prise de fonction sur les réseaux sociaux. Une désinvolture synonyme d’insulte à la mémoire des victimes des exécutions extrajudiciaires et de l’épuration des Afro-Mauritaniens de l’armée mauritanienne. Le maintien du Général Zayed dans la MINUSCA serait une violation flagrante des principes et valeurs des Nations Unies.

Sa présence dans les rangs de la Force -ou il est censé contribuer au retour à la paix et à la promotion des principes des droits de l’homme- serait scandaleuse aux yeux des Centrafricains et moralement inacceptable pour le personnel des Nations Unies. Elle pourrait être interprétée comme une négligence grave face à la commission d’actes particulièrement répréhensibles. Les auteurs des violations des droits pourraient dans le monde y voir une prime à la torture, aux actes inhumains et dégradants et un manque de volonté des Nations unies d’appliquer les principes de protection des droits humains dont vous êtes le garant.

Je  vous exhorte et demande l’annulation de la nomination du Général Zayed et ce d’autant plus que vous avez fait preuve de fermeté au sujet des cas similaires récents. En 2016, le déploiement d’un officier burundais à la MINUSCA à été révoqué pour des accusations de torture. En 2019, vous avez annulé la nomination de Workneh Gebeyehu Negewo au poste de Directeur Général du Bureau des Nations à Nairobi. Des violations des droits humains lui seraient imputées. La même année au Mali, vous avez demandé le départ d’un officier Sri lankais accusé de crimes contre l’humanité au Sri Lanka. En 2020, la nomination d’un officier Nepalais au sein de la force MINUSMA a également été annulée en raison de plaintes de crimes contre l’humanité dans son pays. A la lumière de ce qui précède, de la gravité des faits dont Général Zayed est accusé, je fais appel au sens élevé de l’Humanisme qui vous caractérise, votre combat pour la Justice, le respect des principes et la protection des droits humains.

Je vous prie, Monsieur le Secrétaire Général, d’ordonner aux services concernés de prendre sans délai les mesures destinées à l’annulation immédiate de la nomination du général Zayed. Une telle décision serait juste, car fondée sur des principes universels inaliénables. Le « deux poids deux mesures » serait particulièrement dommageable pour les Nations unies. Je vous prie, Monsieur le Secrétaire Général, de croire à l’assurance de ma considération distinguée. Monsieur Demba Niang Président du Cadre de concertation des Rescapés Mauritaniens Nouakchott Mauritanie.

Amadou Niang

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